Mugison – « Mugiboogie »

Mugiboogie[Album]
16/06/2008
(Mugiboogie/Differ Ant)

Difficile de suivre Mugison, artiste islandais qui, depuis 2001 et son premier album composé seulement à l’aide d’un ordinateur, n’en finit plus de brouiller les pistes. Pour sa défense, c’est Ipecac, son label américain, qui le définit le mieux en reprenant à son sujet les mots de Tom Waits: « jamais un chien n’a réussi à pisser sur une voiture en marche ». C’est donc le pantalon bien sec, mais avec des fourmis dans les jambes, que le bonhomme plante un drapeau à chaque fois qu’il sort un album. Car Mugison est un homme de challenge, aime (se) surprendre, relever de nouveaux défis, ce qui sonne finalement comme une garantie pour l’auditeur d’avoir systématiquement affaire à un disque intéressant, qu’il l’aime ou non

Ce fut déjà le cas en 2003 avec « Lonely Mountain », un premier opus majoritairement electro pop qui aura tout de suite séduit Matthew Herbert et son label Accidental Records. Puis, entre deux albums restés très confidentiels car moins accessibles (« Niceland » en 2004″ et « Little Trip » en 2006), il durcira légèrement le ton sur l’excellent « Mugimama Is This Monkey Music? », nouvelle oeuvre accouchée en solo qui, quelque part entre electronica et ballades à la Bonnie Prince Billy, commençait à dessiner les traits de ce « Mugiboogie », certainement son disque le plus grand public, et peut être le plus réussi aussi. Notamment parce que, pour la première fois, il n’a pas oeuvré seul, beaucoup de musiciens étant venus l’aider à lui donner cette dimension plus humaine, plus ouverte, plus instrumentale et clairement plus rock n’roll. Ainsi, il y a matière à de belles réjouissances tout au long de ces douze nouvelles compositions que l’Islandais a voulues baignées d’émotions diverses, mais d’une sincérité constante et irréprochable

En poussant son implication la plus totale dans ce disque jusqu’à flirter dangereusement avec la dépression, et en le débarrassant de toutes superficialités prétentieuses, le bougre aura réussi à pondre l’album intemporel et spontané dont il rêvait, la trace qu’il voulait laisser au cas où il s’agirait de la dernière. C’est donc détaché de toutes étiquettes que Mugison s’attaque sans retenue ni complexe à quelques cadors: « Mugiboogie » et « Jesus Is a Good Name To Moan » pourraient rendre The Black Keys bien pâles, « The Pathetic Anthem » aurait fait ravaler quelques certitudes à John Lee Hooker… Moins connotés, d’autres morceaux contribuent eux aussi grandement à la qualité impressionnante de cet album: le contrasté et mélodique « To The Bone », les sublimes ballades « George Harrison » et « Deep Breathing », voire même le plus métal et malsain « I’m Alright »

Mais un hymne en particulier ne rechignera pas à faire office de porte drapeau de cet album: le lumineux et joyeux « The Animal » dont on ignorait qu’il puisse sonner si chaleureux en provenance de cette froide Islande qui, jusque-là, nous avaient habitué à ses deux extrêmes (les douceurs de Bjork, Mum et Sigur Ros, et les assauts terrorisants de Solstafir et Minus). Mugison vient donc satisfaire tous les hésitants qui n’étaient encore jamais parvenus à choisir leur camp. Ceux-là auront bien fait d’attendre puisqu’ils se voient offrir là ce qui restera très certainement comme un des meilleurs disques rock de 2008. Incontournable ou indispensable, à vous de choisir..

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