Mogwai – « The Hawk Is Howling »

The Hawk Is Howling[Album]
22/09/2008
(Rock Action/Pias)

Considérer le post rock sans Mogwai reviendrait à considérer la peinture sans La Joconde, tant le groupe écossais a su, en un peu plus de dix ans, devenir son plus digne et médiatique représentant. Ainsi, depuis 1995, on se délecte sans modération de ses longs morceaux tout en variations, à la fois atmosphériques et violents, en appelant autant au shoegaze qu’au math rock: une approche à son apogée sur les excellents « Young Team » (1997) et « Come On Die Young » (1999), mais quelque peu essoufflée sur les deux albums suivants, le plus accessible « Rock Action » (2001) et le plus électronique « Happy Songs For Happy People » (2003). Heureusement, le fidèle public du quintet le retrouvera beaucoup plus inspiré en 2006 sur l’excellent « Mr Beast » qui, sans le vouloir véritablement, fera peser une pression considérable sur son successeur, le nouveau « The Hawk Is Howling » qui nous intéresse aujourd’hui

Challenge relevé, car cette nouvelle livraison écossaise s’inscrit illico comme un pilier de la discographie Mogwai, notamment en se présentant comme sa juste synthèse. Ce n’est donc pas une nouvelle déviation que prend cette fois le groupe qui préfère tracer le bilan d’un parcours en dents-de-scie qui nécessitait qu’on l’aplanisse à jamais. Pour cela, « The Hawk Is Howling » ne propose rien d’autre que sa musique: exit le chant, pas d’instrument venant voler la vedette aux autres comme ce fut parfois le cas par le passé, avec le piano de « Mr Beast » par exemple qu’on retrouve seulement ici sur l’entame « I’m Jim Morrisson, I’m Dead », dont la délicieuse mélancolie s’infiltre entre chaque note, chaque harmonique, quelle que soit l’intensité décidée par les guitares

Puis le faucon quitte son nid pour de bon: chaque battement d’ailes offre au bruitiste et intense « Batcat » une peu plus d’autonomie électrique avant que, fort de son élan, le groupe se ravise à des titres plus ambiants, toujours avec cet aspect cinématographique qui lui a déjà ouvert à quelques reprises les portes du Septième Art. Ainsi, « Daphne And The Brain », « Local Authority », « Thank You Space Expert », même le plus affirmé « The Sun Smells Too Loud » avec son riff répétitif, laissent parler leur délicatesse, dévoilent l’utilisation plus franche de l’orgue, entrecoupés par quelques déflagrations classiques de la part d’un groupe également capable de plonger son public dans une apocalypse étourdissante, ou larsens et acouphènes indiquent la voie vers la sortie. Cela, ce sont incontestablement les multi couches « Scotland’s Shame » et « The Precipice », incontournables de ce fait, qui s’en chargeront volontiers

Extrême, dynamique, mélodique, métal, électronique, mélancolique, sombre, de loin le plus cinématographique… La liste des adjectifs s’allonge à chaque écoute. Que les fraîchement rassurés ne rongent donc pas leurs freins plus longtemps: avec ce sixième album, Mogwai s’est définitivement relancé, jongle habilement entre ses multiples richesses, devient muet au moment où tout le monde l’ouvre, dessine les sons sur une toile qu’il n’en finit plus de tisser. Et si, bientôt, on était amené à considérer la peinture sans lui

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