MIA – « Kala »

Kala[Album]
21/08/2007
(XL Recordings/Naive)

MIA, who’s that? Une question qui n’est plus permis de poser pour qui a l’habitude de tuer son temps libre sur la grande toile d’internet. Car depuis son tube « Galang » qui l’a propulsée parmi les révélations les plus médiatisées de ces dernières années, MIA squatte insolemment les playlists et les blogs les plus en vue de ce début de vingt et unième siècle. Pas étonnant, puisqu’à l’image de sa courte vie, Maya Arulpragasam, de son vrai nom, balance un registre dans lequel beaucoup d’assoiffés de succès n’essayent même pas de s’engouffrer. Chasse gardée, elle seule détient incontestablement la matière première de sa musique, inspirée de divers courants venus tout droit d’Angleterre, son pays d’accueil, et de musique traditionnelle sri lankaise, son pays d’origine qu’elle a connu en temps d’une guerre civile qui lui coûta progressivement amis et famille, notamment son père, rebelle séparatiste local. De quoi donner la niaque à la demoiselle, également peintre, une autre activité qui lui ouvrira de manière inattendue les portes de la musique. Car c’est en se penchant sur la pochette du deuxième album d’Elastica qu’elle partira en tournée avec le groupe, rencontrera les Peaches et leur séquenceur Roland MC-505 qu’elle finira par maîtriser sur le bout des doigts

La suite, on la connaît: « Galang » séduira la majorité des Djs, un succès qui la mènera tout droit sur « Arular », son premier album fièrement accueilli par XL Recordings. La sauce prend, notamment grâce à un répertoire très direct et « physique » (puisant autant dans l’electro, que le baile funk, le hip hop, le dancehall, le garage, ou le grime), aux percussions puissantes, aux sons synthétiques, sur lequel MIA pose des lyrics, essentiellement faites de slang, difficilement compréhensibles, faut-il l’avouer. Beaucoup y voient alors un renouveau de la pop..

Autant dire que, même si MIA est désormais définitivement installée dans le paysage musical mondial, cela n’altérera pas l’enthousiasme du public à la veille d’un second album. MIA est toujours là, continue crânement dans la même voie, et à défaut de proposer quelque chose de radicalement différent, enfonce le clou et peaufine sa patte artistique avec un « Kala » intéressant et frais, créditant encore les producteurs $witch et Diplo, qui ne devrait nullement décevoir. Et que les pressés, qui auront vite conclu que MIA, c’est bien mais à petites doses, ne s’arrêtent pas sur un « Bamboo Banga » d’ouverture qui pourrait les conforter dans cette idée. Car « Kala » démarre véritablement avec « Bird Flu » et « Boyz » (premier single), deux titres forts aux percussions efficaces et habitées, enregistrées avec des musiciens indiens lors de son récent passage au pays. Un exemple d’escale parmi tant d’autres car ce nouvel opus a, comme elle, grandi dans différents pays, différentes villes, qu’il s’agisse de Trinidad, de l’Australie, de la Jamaïque, du Japon ou des Etats Unis, ou elle a enregistré un « The Turn » en demie teinte en compagnie du producteur Blaqstarr

Revenons à nos moutons. « Bird Flu » et « Boyz » ne sont heureusement pas des cas isolés, les déflagrations étant récurrentes sur ce « Kala », toujours habité d’un fort engagement dans les textes (« World Town » et le très bon « Paper Planes », au refrain rythmé par les balles, s’attardent eux aussi sur les victimes de la politique internationale). Ainsi, plus proches de la recette « Arular » et marquant pour la première fois la collaboration d’invités, « Hussel » (feat Afrikan Boy, rappeur nigérian), « Mango Pickle Down River » (feat The Wilcannia Mob, groupe d’adolescents aborigènes) et son didgeridoo, ou « Come Around », final sur lequel apparaît Timbaland et qu’on parierait deuxième single de l’album, sont tous des piliers incontournables de ce « Kala » tant ils sont autant d’invitations à passer outre ses rhumatismes. Et pris à ce point dans l’ambiance, on en viendrait même à être séduit par l’atypique « Jimmy », sorte de « Daddy Cool » à la sauce sri lankaise qu’on croirait volé à une émission de variétés locale

MIA n’est donc en rien essoufflée, bien qu’elle semble avoir encore tout donné pour faire de ce « Kala » une confirmation incontestable. L’étape est, on le sait, difficile. Mais, une fois encore, le talent parle de lui-même, l’énergie déployée également, et même si on entre peut-être plus difficilement dans ce disque que dans le précédent, que le genre abordé ici débouchera inévitablement sur une sélection naturelle du public auquel il est destiné, la demoiselle finira quoi qu’il arrive par enflammer la majorité des foules. Les autres pourront toujours faire l’impasse, mais même en l’entendant de loin, ils finiront eux aussi par être trahis par de réguliers et involontaires hochements de tête..

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