Karen Gwyer – ‘New Roof’

Album / No Pain In Pop / 17.02.2014
Enter The Void

Si la discographie de Karen Gwyer débute selon toute vraisemblance en 2012 avec la sortie de l’EP ‘I’ve Been You Twice’, ses synthés ne sont entrés dans ma vie que l’année suivante avec ‘Kiki the Wormhole’, sorti sur Opal Tapes (dont on parlera bientôt, promis) et évidemment, non présenté à l’époque dans nos colonnes (ce sera aussi bientôt chose faite, dans le cadre d’une nouvelle rubrique).

Il était donc temps d’évoquer l’oeuvre de cette native d’Ann Arbor, Michigan, contrée du garage sale et de l’explosion de la techno. Car Karen Gwyer a, en quelques années seulement, bâti une oeuvre d’une subtilité rare, à chérir sans aucune limite. Amoureuse des lignes de synthétiseurs, elle les accumule avec enthousiasme et sans limite au sein de ses compositions. Conjugués à des rythmiques maladroites et spasmodiques, ses matériaux présentent des reliefs d’une profondeur inouïe, dont les aspérités se dévoilent comme les multiples couches d’un mille-feuilles amer, tendre et…

Si la productrice a fait ses gammes outre-Atlantique, il n’est guère surprenant de l’imaginer dans sa résidence actuelle, à Londres, tant son écriture est empreinte de nostalgie, d’une violence ineffable, enfouie mais palpable. Profondément humaine, lyrique, son oeuvre est sublimée par le goût pour les triptyques de la musicienne. Il n’est ainsi pas rare qu’elle présente des albums ou maxis composés de trois pièces longues de plusieurs dizaines de minutes, afin de nous immerger dans son maelström mélodique.

C’est une fois de plus le cas pour ‘New Roof’, lequel dessine des ambitions plus massives et brutales. ‘Lay Claim To My Grub’ est ainsi centré sur une répétition de multiples lignes mélodiques, apparaissant l’une après l’autre, autour d’une rythmique proche du dub. En constante progression durant les dix premières minutes, elle évite avec grâce le climax pour mieux dérouler une lente conclusion organique. Espacé par un bref interlude, douce reprise du thème précédent, ‘Missisissipipii’ rompt violemment avec l’ouverture. Industrielle, lourde, la composition dévoile lentement ses aspérités au fil d’un déroulement balbutiant. Véritable exploration mécanique, elle progresse vers une éclosion martiale aussi physique que mentale, avant de revenir à sa noirceur initiale.

Au final, cet EP déroutera sans doute les auditeurs de ‘Needs Continuum’, album paru l’an passé, plus vocal et accessible, mais c’est bien ce visage de la productrice qui s’avère le plus intéressant. Progressivement, elle s’établit comme l’une des protagonistes incontournables de la house synthétique, une figure à suivre pour longtemps, loin des lumières mais au plus près des baffles.

‘Lay Claim To My Grub’, ‘Missisissipipii’

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