Kanye West – « 808s & Heartbreak »

808s & Heartbreak[Album]
24/11/2008
(Roc-A-Fella/Universal)

Quand Kanye West s’estime lui-même superstar au même titre que Michael Jackson ou les Beatles, difficile de penser une seconde qu’il manque assez de confiance en lui pour se jeter corps et âme dans un nouveau projet, aussi risqué soit-il. Le hip hop pur et dur, l’Américain semble avoir assez donné, lui qui contribua longtemps, dans l’ombre, aux succès de Jay-Z, Common et quelques autres, avant de devenir ce hit-maker unanimement reconnu (« Jesus Walks », « Gold Digger »), au charisme relayant parfois même au second plan un talent certain. Pour beaucoup, West aura d’abord cassé les stéréotypes du rappeur américain avant d’en être un atypique. Faible nuance, mais nuance quand même. Entre ses lignes, « Graduation« , sorti il y a seulement un peu plus d’un an, annonçait déjà un changement de registre. « Good Life » et « Homecoming », pour ne citer que ces deux là, adressaient ainsi quelques clins d’oeil à la pop music, celle que l’on retrouve sans limite tout au long de ce « 808s & Heartbreak », nouvel album concept qui n’a pas fini de faire débat

La démonstration ayant peu à peu fait place à l’évidence, Kanye West met là pas mal de piment dans sa discographie, autant qu’il y en a eu dans sa vie privée ces derniers mois, et qui l’ont amené à déballer ses sentiments. Nouvelle approche, nouveau format, le milliardaire semble être revenu à des préoccupations plus basiques: en vrac, le décès de sa mère (« Coldest Winter »), sa rupture affective (« Heartless », « Paranoid »), et son lourd statut de célébrité (« Welcome To Heartbreak »). Et pour exprimer ses états d’âme, rien de tel que de véritables chansons, des mélodies, qu’il a voulu dans un décor minimal et efficace (« You Say You Will » et son long break sonnant l’illumination divine, « See You In My Nightmares » sans même un beat). Le tout, toujours dangereusement sucré (« Amazing », « Love Lockdown » pour le moins percutant, « Robocop ») en raison de l’utilisation parfois abusive du vocoder et de l’auto-tune qui, à leur manière plus ou moins décriée, ont permis à Kanye West de toujours chanter juste, quitte à tricher (« Street Lights », « Bad News »)

« 808s & Heartbreak » fait donc office de tournant radical mais incomplet puisque quelques passages hip hop viennent intégrer cet album parmi les précédents, comme pour l’inscrire dans la suite logique des velléités artistiques de son auteur. Ainsi, incontestablement, de fortes influences hip hop flottent au dessus de « Welcome To Heartbreak », du tubesque « Heartless », ou de « Paranoid »; quand ce ne sont pas simplement les fidèles pianos/violons, chers au producteur, qui viennent faire le lien avec le passé (« Love Lockdown », « Bad News »). En marchant ainsi sur un fil, Kanye West arbitre avec habileté une continuelle prise de relais entre pop et hip hop, avec assez de finesse et finalement d’honnêteté pour qu’on ne lui tire pas dessus à boulets rouges. De là à dire que le résultat sur scène sera identique (le contraire n’a-t-il pas été démontré à Bercy?), et que sur la longueur cet album à haute teneur en glucose n’écoeurera pas, on ne s’y risquera pas. D’où une réussite qu’il faudra consommer rapidement, avant un proche délai de péremption

Ecoutez un extrait ici.

Achetez sur :

  • Achat sur Fnac
  • Achat sur Amazon
  • Achat sur ITunes
À lire ou écouter également:

,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire