Ka – ‘Honor Killed The Samurai’

Album / Iron Works / 13.08.2016
Hip hop

Voila maintenant cinq albums que, par l’introspection et l’observation, Ka raconte sa vie, sa ville et les nombreuses douleurs qui ont habité et habitent encore son parcours personnel. A mille lieux des featurings ronflants et des studios titanesques, il façonne en autarcie un hip hop sombre et intimiste qui n’a rien à faire dans les clubs ou sur les ondes.

La musique de Ka se tient à l’autre bout du spectre, dans une écoute attentive ou chaque mot est assemblé dans des textes à double sens qui racontent la tentation de la rue, les conflits familiaux, ou la désagrégation d’un quartier. A ces petites boules de noirceur viennent se greffer des commandements du Bushido – le livre des samouraïs – disséminés ici et là, comme des petites ampoules éclairant le flow appliqué de Kaseem Ryan.

Au premier abord, on pourrait se presser de ranger Ka dans le bac du rap new-yorkais aux cotés du Wu-Tang et de Mobb Deep. Bien que bercé par cette période, le rappeur développe album après album, un cheminement qui n’appartient qu’à lui, ou chacune des productions semble jaillir d’une tombe, comme réveillée par un nécromancien qui s’amuserait à ranimer des époques révolues pour les plonger à son tour dans la torpeur d’aujourd’hui.

Agé de 44 ans, Ka raconte les crimes d’antan sur ‘Finer Things / Tamahagene’ : ‘Committed grimy street crimes, If not homie, you don’t know me, deny me three times‘; l’inquiétude de sa mère sur le refrain de ‘Conflicted’ : ‘Mommy told me be a good boy / Need you alive, please survive, you my hood joy‘; ou la nécessité du deal : ‘To get what we need we did what we must‘. Perché sur des boucles sublimes (l’envolée sur ‘That Cold and Lonely’), il distille ses images et ses souvenirs avec recul, sans esquisser ne serait ce qu’un regard en biais pour une vie truffée d’erreurs.

Au gré de ses tourments, le rappeur pose donc une nouvelle pierre à son édifice personnel. Loin d’être la plus clinquante ou la plus bruyante des sorties hip hop du moment, ‘Honor Killed The Samurai’ est de ces œuvres silencieuses, qui avancent à couvert et qui se suffisent à elles-mêmes. Pas besoin d’en dire plus, tout ce qu’il y a à découvrir se trouve à l’intérieur.

‘Conflicted’, ‘Just’, ‘That Cold And Lonely’, ‘Ours’, ‘Illicit Fields’

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