Gonjasufi – ‘Callus’

Album / Warp / 19.08.2016
Post hip hop – slowbeat

Aux grands maux les grands remèdes. C’est ainsi que l’on pourrait décrire la démarche à laquelle s’est livré Sumach Ecks alias Gonjasufi pour accoucher son nouvel album intitulé ‘Callus’, une œuvre cathartique sombre et troublante qui prouve une fois de plus qu’il est l’artiste à écouter pour qui souhaite sortir de sa zone de confort musicale.

C’est entre Las Vegas et le désert californien de Joshua Tree où il réside désormais que l’américain a réalisé durant quatre ans les 19 pistes de ce nouvel opus qui sonne – disons le – intensément le désespoir. Il y aborde notamment sa vision négative de la géopolitique actuelle, la déshumanisation qui s’intensifie, ainsi que la montée incessante de l’intolérance qui conduit inexorablement à l’appauvrissement intellectuel, voire spirituel de la société. Dans ce monde constamment – voire faussement – en recherche d’espoir et de positivisme, Gonjasufi fait lui le choix d’affronter ses démons, sa colère et sa souffrance, afin d’en extraire paradoxalement une sorte de paix intérieure. Il n’apporte en soit aucune réponse ni aucune solution aux problèmes soulevés mais parvient, à l’aide d’instrumentations corrosives et dissonantes, à poser de manière fantastique un son sur ce chaos ambiant et ce défaitisme dont il arriverait presque inconsciemment à en tirer quelques lueurs d’espoir.

Musicalement on est ici dans la continuité de ‘MU.ZZ.LE‘, son deuxième album paru en 2012, mais avec bien plus de maturité et de maîtrise. Les paysages sonores qui en découlent sont arides, crades et désorientants. Gonjasufi continue sans lassitude à voyager dans ce que l’on pourrait très justement nommer ‘les zones inexplorées de la musique’. Il faut avouer que ce chaman, considéré par certains comme le Moondog des temps modernes, a fait de ses mélanges musicaux pleins de réverb et de distorsions une signature toute particulière dont lui seul a désormais le secret. On se laisse donc porter entre des musiques traditionnelles (‘Greasemonkey’, ‘Poltergeist’), du hip-hop (‘The Jynx’ ou bien ‘Prints Of Sin’ proche d’un ‘Mellow Gold’ de Beck), des tendances rock/doom/métal (‘Maniac Depressant’, ‘The Kill’, ‘Shakin Parasites’), du disco (le single imparable ‘Vinaigrette’), des expérimentations sonores (‘Surfinfinity’, ‘Elephant Man’), et bien d’autres trips électro (la house novatrice de ‘Devils’ ou bien encore le charismatique ‘Krishna Punk’ qui aborde l’idée d’abolir les systèmes politiques et économiques dans lesquels nous vivons). Parmi les petites pépites de ce disque, on notera ‘Afrikan Spaceship’ qui, à lui seul, représente le mieux l’ensemble de ‘Callus’, les magnifiques ‘Ole Man Sufferah’ et ‘Last Nightmare’, ainsi que le sublime ‘When I Die’ qui aurait parfaitement eu sa place sur l’inconditionnel ‘Third‘ de Portishead.

Entre schizophrénie et paranoïa, l’écoute de ‘Callus’ – comme pour les précédents disques du californien – peut s’avérer soit proche de la torture mentale soit une expérience mystique totalement fascinante. Bien qu’il ait été partiellement aidé par son entourage pour concevoir ce disque (on signalera notamment la présence de Pearl Thompson, le guitariste de The Cure, sur quelques morceaux), ce troisième album est à ce jour le meilleur travail de Gonjasufi en tant que pur créateur. Un chef d’œuvre de plus à rajouter dans l’audacieuse discographie de ce visionnaire qu’est Sumach Ecks.

‘Maniac Depressant’, ‘Afrikan Spaceship’, ‘Ole Man Sufferah’, ‘The Kill’, ‘Prints Of Sin’, ‘Krishna Punk’, ‘Vinaigrette’, ‘Devils’, ‘When I Die’

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