Fink – « Distance And Time »

Distance And Time[Album]
01/10/2007
(Ninja Tune/Pias)

Introduit au catalogue Ninja Tune pour ses talents de producteur electro, on n’avait pas vu venir Fink qui, discrètement, préparait un nouveau tournant dans sa carrière en gratouillant dans son coin, et mettait sur pied un premier album, « Biscuits For Breakfast« , qui allait séduire l’Europe entière, alors en plein début d’un grand revival du folk. Un succès inattendu qui le fut tout autant pour lui-même que pour son label, peu habitué pourtant à travailler ce genre de disque. Mais la voix suave et chaleureuse de Fink, tout comme un jeu de guitare simple totalement adéquat à son univers, et l’émotion qui se dégageait de chacun des titres, ont parlé. Car à chaque fois qu’il chantonne et empoigne sa guitare, l’Anglais se met à nu, se livre, et souligne une sincérité qui parle à un large public, du mélomane le plus exigeant au simple consommateur de musique

L’heure du petit-déjeuner passée, on attendait donc avec une impatience à peine dissimulable de passer au plat de résistance, celui qu’on aime dévorer même quand la faim n’est pas au rendez-vous. Car les rejetons du folk ne se sont pas privés de se faire entendre ces dernières années, et on aurait pu être assez vite rassasié pour ne pas avoir à se ruer à la table de Fink. Mais, si les musiciens avec qui il a récemment tourné (Guy Whittaker à la basse, Tim Thornton à la batterie) viennent discrètement enrichir la majorité des morceaux, tout comme la production confiée à Andy Barlow (Lamb), Fink fait une fois encore un grand bond en avant, passant le stade de la confirmation avec une aisance rare

L’émotion est toujours là, et le répertoire toujours réduit au strict minimum. Car l’univers de Fink n’a nullement besoin d’artifices, ou de se rapprocher d’une quelconque référence des années 70. La sempiternelle allusion à Bob Dylan pour ce genre d’album est donc à oublier, puisque l’Anglais, comme il le dit lui-même en toute simplicité, touche aussi un public d’habitude peu enclin à se plonger dans le folk. Celui-là même qui succombera sans doute aux chuchotements de « Trouble’s What You’re In » agrémenté de cordes lointaines, au blues jovial et retenu de « Get Your Share », ou à l’épique « Little Mail Box », tous trois très bons mais ne composant que la lie de ce « Distance And Time » qui n’a pas fini de révéler tous ses secrets

Car c’est bien tout le reste de ce tracklisting qui illustrera la grande qualité d’écriture et de composition de Fink, tout comme la capacité de sa voix à emmener tout une frange de son public communier avec lui. En effet, comment ne pas déceler sa sensibilité exacerbée sur le dépouillé « If Only », la tension qui règne sous l’acoustique et la rythmique dub de « Blueberry Pancakes », et les fins arrangements de « Under The Same Stars » et « So Many Roads »? Mais, même avec la plus grande peine à vous croire, ce sont surtout les fragiles, authentiques et révélateurs « This Is The Thing » et « Make It Good », tous deux incarnations de l’énorme talent de Fink, qu’il vous faudra retenir si vous décidez cruellement de vous contenter de peu

Seulement neuf titres sur ce nouvel opus, encore trop peu pour satisfaire notre soif insatiable de ballades acoustiques qui, à chaque fois, provoquent des frissons jusqu’à la paralysie ainsi qu’un total relâchement de la mâchoire (voyez le tableau?). Fink, soucieux de donner le meilleur de lui-même, a encore dû opérer une sélection (trop?) drastique de ses nouvelles compositions, au point de nous laisser une nouvelle fois sur notre faim. Pas si grave, puisqu’il nous accompagnera également lors de notre sieste digestive, et qu’avec lui, on attendra encore très impatiemment l’heure du dîner. On aura tous connu pire comme compagnie que celle d’un des plus solides représentants de cette nouvelle scène folk qui n’a décidemment pas fini de faire des émules..

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