Ez3kiel – « Battlefield »

Battlefield[Album]
21/01/2008
(Jarring Effects/Discograph)

Souvent assimilé à la scène dub française bien qu’ayant toujours cultivé sa différence, Ez3kiel poursuit sa route vers des contrées qui lui sont propres, au point de désormais toucher du doigt un univers dont lui seul possède les clés. Car il faudrait revenir d’un long périple dans l’espace, ou du fin fond de la Lettonie, sans radio ni web, pour continuer à penser qu’il emprunte le même chemin que ses acolytes imperturbables de High Tone, défunts (?) de Lab, ou maintenant post punk de Zenzile. Ceux-là ont vite fait de laisser se battre les jeunes pousses entre elles, pas encore assez matures pour jouer la carte de l’originalité, pour fuir les éternelles comparaisons comme les préjugés de leur public. À l’écoute de « Battlefield », nouvel album des ingénieux Ez3kiel, aucun doute que de tous, le trio, devenu quatuor avec l’arrivée du multi instrumentiste Stéphane Barraud, a tiré la plus belle carte

Il y a moins d’un an, l’album concept « Naphtaline« , et ses berceuses baignées dans un projet multimédia, laissait déjà souffler le vent d’une nouvelle orientation, bien que très différente de ce nouvel opus alors annoncé par le groupe comme plus conventionnel. En effet, cette fois, pas de DVD ni de CD-Rom pour souligner le pouvoir visuel d’Ez3kiel. C’est la musique qui, ici, fait force de proposition en laissant l’auditeur l’illustrer à sa guise. Et la palette de choix est aussi large que « Battlefield » se montre varié, mais incroyablement cohérent, même si les couleurs proposées restent encore très sombres, que les ambiances imposées sont ténébreuses, cinglantes et glacées

Comme ses amis de Zenzile, mais dans un tout autre registre, Ez3kiel brandit les guitares, fait sonner le rock qui est en lui, celui de Nine Inch Nails, Primus, ou Neurosis. Une option finalement peu surprenante pour qui s’est déjà montré sensible aux envolées bruitistes du groupe par le passé. Sauf que le combo parvient constamment à canaliser son énergie pour sauver « Battlefield » de la déraison, et profite à la fois d’une dynamique à toute épreuve et d’un son absolument énorme pour offrir à chaque titre toute l’ampleur qu’il mérite. Mais n’allez surtout pas en conclure au bourrage de crâne, aux acouphènes du lendemain, car Ez3kiel rameute les richesses du passé aux côtés de cette nouvelle orientation musicale pour provoquer encore plus de mouvement au sein même des morceaux

Ainsi, pour éviter les pièges, les changements de cap sont récurrents. Du rouleau compresseur « Adamantium », entrée en matière aux cuivres empiriques, au fumant « Wagma » se clôturant sur quelques riffs hurlant leur douleur, Ez3kiel ne s’est peut-être jamais montré aussi imprévisible par le passé. Comme sur un des meilleurs titres de ce disque, l’évolutif « Volfoni’s Revenge » passant, le temps de ses sept minutes, de la mélancolie poignante à un saxophone égorgé soutenu par une basse raide et claquante. Il n’aurait pourtant que trop peu de sens s’il n’était pas suivi d’autres exercices de style méritant tout autant qu’on s’y arrête: « Spit On The Ashes (feat Narrow Terence) » reprend sensiblement les mêmes bases, « Coal Flake » préfère pencher pour l’acoustique, l’electro hip hop plombé de « Alignment » rappelle sensiblement Saul Williams via le flow de Blu Rum 13, et l’intensité sous jacente de « The Wedding » (seul rappel au passé) nous berce langoureusement avant la débauche d’énergie étalée par « Break Or Die » et le grindcore de « Firedamp », entrecoupée par la douceur magique de « Lull ». Mieux encore, Ez3kiel pousse le bouchon assez loin pour reprendre à sa sauce « The Montagues And The Capulets », opus 64 du « Romeo And Juliet » de Prokoviev, qu’il fait sonner comme une rencontre improbable entre la musique d’Europe Centrale de Kusturica et une déferlante sonore à la Neurosis

2008 sonne donc comme l’heure de la mue pour Ez3kiel qui, après s’être comme auto alimenté pendant plusieurs années, s’échappe désormais de son nid pour offrir à ses hôtes un festin d’apocalypse pendant lequel il conte sa propre mythologie. Les images se bousculent alors dans nos esprits, comme impossibles à retranscrire sous peine de se voir très vite internés. Une fois encore, le groupe n’aura eu besoin que de quelques battements d’ailes pour prendre une avance flagrante sur ses plus proches concurrents. « Battlefield », plus que jamais inqualifiable, est autant une épreuve de force qu’une invitation adressées à nos émotions, y compris celles qu’on ignorait encore, à la musique au sens large. Tout simplement énorme, comme d’habitude..

Ecoutez un extrait ici

Achetez sur :

  • Achat sur Fnac
  • Achat sur Amazon
  • Achat sur ITunes
À lire ou écouter également:

,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire