Chris Cohen – ‘As If Apart’

Album / Captured Tracks / 06.05.2016
Indie pop

Héros discret de l’indie-rock arty (Deerhoof, Ariel Pink, Cryptacize, Curtains…), Chris Cohen est de retour, quatre ans après ‘Overgrown Path‘, chef d’oeuvre inusable de pop artisanale. Pour ce deuxième album sous son propre nom, l’américain reprend les choses là ou il les avait laissé : mêmes harmonies, même instrumentation et production, condensant le tout en 33 minutes, exactement comme sur le précédent.

Si ces similitudes peuvent dérouter à la première écoute, c’est sans compter sur l’immense talent de Chris Cohen, son aisance mélodique, et sa sensibilité. Multi-instrumentiste appliqué, il semble aussi à l’aise à la guitare, aux claviers qu’à la batterie derrière laquelle il chantait sur la tournée du premier album. Sa voix fragile mais maîtrisée se démultiplie souvent, tantôt en harmonie, tantôt en canon. Crooner discret à l’expressivité économe mais réelle, Chris Cohen raconte à la première personne ses impressions et réflexions, avec une simplicité et une douceur extrêmement touchantes.

Par le choix d’une production humble, que l’on imagine plutôt bricolée dans le salon de son Vermont d’adoption que sortie d’un gros studio, l’ensemble s’enveloppe d’une douce mélancolie. Les morceaux sont complexes sans être démonstratifs, légèrement teintés de psychédélisme comme la fin tournoyante  de ‘Torrey Pine’ ou le byrdsien ‘Yesterdays On My Mind’. Même sur un tempo soutenu (‘As If Apart’), l’énergie reste contenue, maîtrisée, refusant le passage en force qu’appelle habituellement ce genre de morceau.

Avec ‘Drink From a Silver Cup’, Cohen touche même au sublime. Sur des progressions d’accords à l’agencement tortueux, à travers une ambiance cotonneuse soutenue par une guitare flangée, cette ballade sur le fil est une errance nostalgique belle à pleurer. Dans le morceau d’ouverture ‘Torrey Pine’, un clavier espiègle et légèrement désaccordé placé au premier plan renforce cette fragilité, cet équilibre précaire, pourtant jamais en péril. On retrouve aussi tout au long du disque de petites imperfections forcément assumées, voire volontaires quand on sait que l’artiste a passé deux années loin du bruit et de l’agitation, à peaufiner ce nouveau chef d’oeuvre de pop intemporelle et personnelle, appelé à squatter nos platines au moins aussi longtemps que le précédent.

‘Torrey Pine’, ‘Drink From a Silver Cup’, ‘In a Fable’

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