Black Strobe – ‘Godforsaken Roads’

Album / Black Strobe Records / 06.10.2014
Electro classe

Arnaud Rebotini est un homme de foi. ‘Burn Your Own Church‘, ‘Someone Gave Me Religion‘ et aujourd’hui ‘Godforsaken Roads’, avec sa cover le montrant photographié dans une église: le parcours musical du bonhomme est pavé de références religieuses. Mais de quelle foi parlons-nous? Celle qu’il voue à la musique sans doute, qu’elle soit électronique, rock ou blues, et que nous retrouvons sur ce deuxième album de Black Strobe, bel hommage aux influences rock de l’un des grands manitous de l’électro française. On avait d’ailleurs croisé l’immense moustachu un soir de juin 2013 au concert des non moins immenses barbus de ZZ Top, groupe qui sut déjà – avec plus ou moins de bonheur – mêler guitares et synthés dans les années 80.

La moustache a disparu, mais le rock est lui bien présent sur un album plus accessible que son prédécesseur, paru en 2007. Moins âpre, moins dark, moins dur, comme si Rebotini avait voulu se recentrer sur les sonorités approchées lorsqu’il reprenait le ‘I’m A Man’ de Bo Diddley qui a, depuis ‘Burn Your Own Church’, connu bien des succès en bandes-son publicitaires et cinématographiques. Les guitares de Mathieu Zub sont pourtant acérées, comme en témoignent les rentre-dedans ‘Monkey Glands’ et ‘Blues Fight’ (et que dire du solo funky sur ‘Boogie In Zero Gravity’!). Tout au long de l’album, les synthés de Rebotini accompagnent ces effets de manche d’une techno fluide et dansante, comme pour porter dans le futur ces sons basés sur des rythmes anciens.

Enlevez les guitares, gardez les synthés, et c’est le même procédé qui est appliqué au ‘Folsom Prison Blues’ de Johnny Cash. Rebotini fait de ce morceau country cultissime et sautillant une plongée flippante dans un univers désincarné où reste seule l’électro, pesante et sidérante. Du grand art. A l’instar de ce coup de maître, chaque morceau – s’il porte en lui, par ses paroles ou par ses sonorités, les racines du blues et du rock – est empreint de sa patte, reconnaissable entre mille. Ce sont ces synthés en intro de ‘From The Gutter’ ou tout au long de ‘Going Back Home’ (morceaux qui forment avec ‘Boogie In Zero Gravity’ une trilogie dancefloor affolante), cette voix parfois hésitante et malhabile qui hante chacun des titres de l’album… On flotte constamment entre la terre et l’espace, comme si on avait envoyé les Stones (‘Swanp Fever’), John Lee Hooker et ZZ Top (‘House Of Godd Lovin’) s’éclater en orbite.

Preuve que Black Strobe et son chef d’orchestre ont su à merveille marier des univers différents, ‘He Keeps On Calling Me’ déploie sur un gimmick de guitare sorti tout droit du bayou une ballade désespérée sur fond de synthés en apesanteur. Mais le chef-d’oeuvre est inaugural. Sur ‘Broken Phone Blues’, du Rebotini cent pour cent pur jus, il crie son besoin d’une fille partie au matin, thème classique des chansons blues originelles, et nous balance une claque sonore indélébile. Si vous n’avez pas été assommé, tant mieux. Nul doute que vous trouverez ensuite vous aussi la foi sur ces ‘routes maudites’ et enchanteresses.

‘Broken Phone Blues’, ‘He Keeps On Calling Me’, ‘Folsom Prison Blues’, ‘Boogie In Zero Gravity’

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