Beck – « Modern Guilt »

Modern Guilt[Album]
07/07/2008
(XL Recordings/Naive)

Beck est une éponge. Un homme imprévisible qui, toute sa vie, aura absorbé de multiples influences. Toujours, il aura su multiplier les ambiances, les humeurs, conserver intacte son intégrité, sa curiosité, sa soif de nouvelles expériences. Qu’on lui parle de hip hop, de folk, de rock, de RnB, de garage, ou même d’electro, n’ayez crainte, le blondinet aura toujours du répondant. Pour son dixième album qui marque un retour vers les labels indépendants, « Modern Guilt » renoue avec un registre plus grave que sur les précédents disques, celui qu’on avait laissé lors de « Sea Change », une de ses oeuvres références qui n’avait pas encore connu d’équivalent jusqu’ici. Mais Beck n’est pas le seul responsable de ce retour gagnant puisqu’il a trouvé en Dangermouse un acolyte de taille avec qui il forme une belle complémentarité. Tous deux capables de grands écarts entre vieille et nouvelle école, ils parviennent ici à un condensé de sa discographie, assez fin pour que ce nouvel album détienne lui aussi une réelle cohérence. Même lors des relents drum n’bass de « Replica » comme inspirés de Radiohead

Une fois encore, la pochette trahit le contenu en affichant une imagerie qui renvoie vers la sombre pop psyché des sixties, fil rouge de ce « Modern Guilt » et marque de fabrique du producteur qui ne s’en est jamais caché jusqu’ici. Que ce soit au sein de Gnarls Barkley (à qui il aurait mieux fait de léguer l’écoeurant « Gamma Ray »), The Good The Bad And The Queen, Martina Topley Bird, ou avec The Black Keys, la patte de Dangermouse s’entend (« Orphans », « Youthless ») et fait inévitablement le lien entre tous. Pourtant, on ne serait pas loin de dire que Beck restera peut-être comme sa collaboration la plus fructueuse, tant la majorité de ce disque sonne le plus naturellement du monde. Suivez mon regard: le blues incandescent de « Soul Of Man », le rugueux « Profanity Prayers » dans le sillage de Queens Of The Stone Age, le single « Chemtrails », seul titre sur lequel le producteur n’y va pas d’un beat ou d’une boucle… Chose plus évidente qu’auparavant, Beck accouche ici de ses plus belles mélodies vocales, les plus simples et efficaces aussi (« Modern Guilt », « Walls » et « Volcano », à jamais un de ses plus beaux titres), pourtant toutes portées par des thèmes lestés de paranoïa et de mal être dans la société actuelle. À plusieurs reprises en effet, il choisit de s’attarder sur l’état du monde dans lequel il vit, celui des guerres, du terrorisme, des préoccupations écologiques, et de toutes ces maladies modernes qui l’aident à dresser un bilan effrayant

Bien qu’il opère un radical changement de cap en revenant à un registre beaucoup plus sombre et concis (dix titres pour une demi-heure environ, on est loin de l’abondance des deux précédents albums), Beck reste Beck, avec son sens de la mélodie à lui, ses guitares surf, ses synthés rétros et ce fun (si, si…) qu’il faudra cette fois plutôt aller chercher dans le fond que dans la forme. Différent de tous ses aînés mais tout aussi indispensable à l’intégralité de son oeuvre, « Modern Guilt » reflète parfaitement son époque. Il est aussi la preuve, en musique, qu’on peut véritablement s’amuser en mélangeant les étiquettes. Et Beck comme Dangermouse ont toujours été des maîtres en la matière

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