Imperial Tiger Orchestra – « Mercato »

imp180Album
(Mental Groove)
02/05/2011
Ethio jazz

L’éthio-jazz a décidemment le vent en poupe. Alors que l’afrobeat a conquis les scènes et studios occidentaux depuis longtemps déjà, ce genre, né dans les bars d’Addis-Abeba dès la fin des années 50, connaît un développement plus récent au-delà de ses frontières africaines. L’impulsion a été donnée par le label français Buda Musique de Francis Falceto, qui lance en 1998 la vénérable collection « Ethiopiques », comptant aujourd’hui 27 volumes entièrement dédiés à la musique éthiopienne et érythréenne. En 2004, la BO du film « Broken Flowers » de Jim Jarmusch enfonce le clou en rendant hommage aux créations early seventies de Mulatu Astatke, offrant ainsi à l’éthio-jazz une visibilité internationale.

Depuis, le genre ne cesse de faire de nouveaux adeptes parmi les musiciens, qu’ils viennent du hip-hop et de l’electro comme les anglais The Heliocentrics, ou du jazz à l’instar du groupe américain Either/Orchestra. Les suisses du Imperial Tiger Orchestra ne sont pas non plus restés insensibles aux rythmes de la musique éthiopienne, comme le prouve avec brio leur premier album « Mercato ». Né d’une performance live éphémère en 2007, le groupe décide de continuer l’aventure face à son succès, et signe un EP intitulé « Addis-Abeba », reprenant à sa sauce les standards de l’âge d’or de l’ethio-jazz. Un voyage en Ethiopie plus tard, le ITO reprend la voie des studios pour donner naissance à ce deuxième disque poursuivant la même orientation, tout en s’ancrant un peu plus dans les entrailles de la tradition.

Instruments typiquement éthiopiens se mêlent ainsi à des claviers vintage et à des arrangements modernes pour revisiter le genre de façon détonante et audacieuse, mais toujours respectueuse (les triturations électriques de « Anchi Bale Game » en sont un parfait exemple). Du groove pétillant et jazzy de « Yedao » à la langueur soyeuse de « Yefikir Woha Timu », sans oublier le funk rockisant du frénétique « Lale Lale », l’orchestre genevois nous offre une explosion de saveurs qui reflète tout autant la richesse des influences de la musique éthiopienne que celle de ses membres (venant du free-jazz, du noise et de l’indie-pop). Les tonalités afro ont également la part belle dans cet opus chaleureux, qu’il s’agisse de touches tamasheq à la Tinariwen (« Shinet », inspiré d’un thème traditionnel matrimonial, « Tirulegn », porté par la voix hypnotique de la chanteuse Bethelem Dagnachew) ou plus proches de l’afrobeat, comme dans « Bemgnot Alnorem » aux cuivres habités.

L’Imperial Tiger Orchestra s’érige ainsi en digne successeur des maîtres de l’ethio-jazz Mulatu Astatke, Mahmoud Ahmed et Tlaloun Gessesse, en injectant dans les bases de cette musique ce qu’il faut de modernité pour s’inscrire dans le XXIe siècle. « Mercato », qui désigne le marché central d’Addis-Abeba, porte ainsi très bien son nom: l’oreille flâneuse, pour peu qu’elle fouille un peu, y trouvera tout ce qu’elle cherche, à commencer par une bonne dose de vie.

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