Iggy Pop – ‘Post Pop Depression’

Album / Loma Vista – Caroline / 18.03.2016
Rock stoner blues

L’annonce d’une collaboration entre deux artistes adulés révèle toujours un sentiment aussi stimulant qu’angoissant. Cela peut donner de grandes réussites comme de beaux échecs. Celle dont nous parlons engage deux monstres sacrés du rock. D’un coté Iggy Pop, 68 ans, figure emblématique du mouvement punk, leader des Stooges et chanteur dont l’œuvre en solo (17 albums tout de même) est aussi importante qu’artistiquement décousue. De l’autre, Josh Homme, 42 ans, précurseur du mouvement stoner et leader des mythiques Queens Of The Stone Age. Soyons honnête, l’annonce en janvier dernier avait de quoi en faire saliver plus d’un et ça, quelque soit le résultat final. Pour l’iguane, touché par le décès de son ami Bowie en début d’année, ce nouvel album fut une manière de procéder à sa propre introspection afin de répondre à des questionnements personnels sur l’après-carrière et les honneurs (ou pas) qui s’en suivent. Pour Josh Homme, et même s’il n’était pas présent au Bataclan en novembre dernier, produire le nouveau disque de l’une de ses icônes était surtout un moyen de se reconcentrer et d’oublier l’ombre d’un instant le drame parisien vécu par les membres du groupe Eagles Of Death Metal dont il est aussi le cofondateur.

C’est donc entouré de Dean Fertita (Queens Of The Stone Age, The Dead Weather) et Matt Helders (Arctic Monkeys) que le duo s’est enfermé durant trois semaines dans les studios de Joshua Tree, dans le désert californien, pour accoucher de neuf titres. Et à l’écoute de ce ‘Post Pop Depression’, un constat sous forme de contradiction semble se dessiner : si ce disque paraît être le meilleur d’Iggy depuis des lustres, il n’en est pas pour autant une franche réussite, comme semblent le penser ses deux auteurs.

Le mot d’ordre était le suivant : interdiction formelle d’amener un morceau achevé, seulement des idées de départ. Josh Homme déclarait d’ailleurs ‘l’idée, c’était d’aller là où aucun de nous deux n’était jamais allé. C’était l’accord. Et d’aller jusqu’au bout des choses». Force est de constater que cet objectif est un échec tant les chansons sonnent comme du Queens Of The Stone Age basique, et l’album comme une compilation de B-Sides ou d’ébauches qu’Homme aurait ressorti de ses placards et sur lequel il aurait cordialement dirigé l’iguane (‘Break Into Your Heart’, ‘American Valhalla’, ‘German Days’). Présenté comme le digne successeur du ‘Lust For Life’ produit par Bowie en 1977, ‘Post Pop Depression’ manque pourtant cruellement d’inspiration (l’anecdotique ‘Vulture’), voire de folie (‘In The Lobby’ et sa mécanique que l’on devine d’avance). Seul le premier single ‘Gardenia’ mérite cette comparaison tant il détonne du reste par son éclectisme et son approche très berlinoise. Niveau production le disque sonne exactement comme le ‘Humbug‘ des Arctic Monkeys (également produit par Homme en 2009), le songwriting d’Alex Turner en moins. Passé ce malheureux constat, trois titres gagnent néanmoins à être écouté : ‘Sunday’, incontestablement le tube de cet album avec un Iggy malicieux, chic et charmeur. Il devient beaucoup plus crooner sur ‘Chocolate Drops’ et son ambiance à mi chemin entre blues et soul. Et pour finir, la belle conclusion ‘Paraguay’, titre d’une justesse bien trop absente sur ce disque.

Si ‘Post Pop Depression’ ne figurera pas comme l’une des meilleures œuvres qu’ait produit Josh Homme, on peut néanmoins lui reconnaître une réussite et un mérite : avoir ravivé la flamme d’un Iggy Pop paumé depuis quelques temps entre performances arty et attitude destroy, en redorant (légèrement) une discographie égarée depuis bien trop longtemps. L’iguane peut vieillir dignement.

‘Gardenia’, ‘Sunday’, ‘Chocolate Drops’, ‘Paraguay’

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