Iceage – ‘Beyondless’

Iceage – ‘Beyondless’

Album / Matador / 04.05.2018
Rock


Sexiest thing to happen to punk in forever‘. C’est ainsi que le magazine Dazed qualifiait Iceage à ses débuts. Sans pour autant souscrire complètement à l’affirmation, on a en effet très rapidement constaté l’effet de séduction sur la jeunesse frigorifiée et désenchantée des lycées danois et d’ailleurs.

Formé en 2008 à Copenhague, le groupe est très rapidement porté aux nues dans son pays d’origine. Une ascension aussi fulgurante que son premier album, un météore de vingt-cinq minutes expédié en quatre jours d’enregistrement, et qui fait tendre l’oreille, dès sa sortie, aux critiques : Rolling Stone le classe notamment en 2011 parmi les dix albums de l’année. Après une tournée américaine, s’en suit deux albums studio chez Matador, ou il continue de creuser son sillon post-punk/noisy. Avec d’abord l’excellent You’re Nothing (2013), où punk et noise font des merveilles sur douze titres urgents, sinistres et viscéraux, définitivement européens dans leur perception du punk rock. Puis avec Plowing in the Field of Love (2014). Des tripes, encore des tripes, mais cuisinées différemment. On sent poindre un virage plus rock, moins punk. Les mélodies sont moins noyées dans le maelstrom bruitiste des débuts. Le rock électrique et tendu se matine de folk, de jazz même parfois, souvent à bon escient. On y repère les Pixies, on entend parfois Cure ou les Doors.

A l’instar du groupe de Morrisson, Iceage est ce qu’on appelle un groupe incarné. Sur scène, le frontman Elias Bender Rønnenfelt emprunte aussi à Ian Curtis de Joy Division par son côté tendu et habité. Le charisme est indéniable. Les textes parlent de la difficulté d’être, de l’immédiateté : des thèmes noirs et souvent nihilistes, inspirés par des lectures qu’ils disent souvent françaises (Bataille et Genêt par exemple).

Beyondless, nouvel album, s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Sans élargir davantage sa gamme, le groupe y précise ses intentions, son rock s’enrichit nettement comparé aux premières compositions. La voix de Rønnenfelt, plus nuancée, surprend par sa facilité à passer du rock énervé aux compos plus riches. Le format même des dix titres qui composent le disque (entre trois et cinq minutes) s’écarte du punk ultra-compact, joué tambour battant à ses débuts : Urrah qui lance les hostilités, ainsi que Pain Killer et The Day The Music Dies surprennent par leurs accents brit-rock à la Kasabian; Under the Sun et Catch It séduisent d’emblée avec leur ambiance psyché/ shoegaze poussiéreuse à la Brian Jonestown Massacre; et Iceage ne trébuche pas non plus quand il s’aventure sur des terrains plus exotiques, comme avec le très bon Showtime et son final jazzy cabaret avec orgue et trompette.

Vous l’aurez compris : Iceage a bien grandi, bien travaillé, a su se renouveler sans se perdre. On a sans doute perdu définitivement un bon groupe de punk, mais on est peut-être en train de gagner un très bon groupe de rock.

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A ECOUTER EN PRIORITE
Catch It, Pain Killer, Showtime, Beyondless


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