Hurtmold – « Mestro »

Mestro[Album]
29/10/2007
(Nacopajaz/Discograph)

Il y a les gens qui ne font pas grand-chose et qui jouent aux blog-stars en espérant que la supercherie tienne le plus longtemps possible. Et il y a les artistes de l’ombre qu’on retrouve sur des tas de disques essentiels. Le brésilien Mauricio Takara a choisi son camp depuis un bout de temps. Après quelques investigations, on croise le nom du leader de Hurtmold sur plusieurs projets novateurs de son pays. Ce multi instrumentiste est en effet le batteur (et frangin d’un des leaders) d’Instituto, collectif phare de la scène hip hop pauliste qui n’hésite pas à construire des ponts avec d’autres genres (dub, drum’n’bass, jazz…). On entend aussi son vibraphone dans le groupe Maquinado (cf. la compile « Made In Brasil« ) aux côtés de Lucio Maïa (Nação Zumbi, Soulfly…) et Scotty Hard (du label Wordsound). Il se cache également derrière le projet « São Paulo Underground » en compagnie de Rob Mazurek (collaborateur de Tortoise, Stereolab, Gatsr Del Sol, PanAmerican…). Ses autres faits d’armes –en solo ou en groupe- l’ont par ailleurs amené à enregistrer avec le mythique Damo Suzuki (ancien chanteur de Can), John Medeski, Matthew Shipp et Dj Olive, ou à accompagner Joe Lally (bassiste de Fugazi) sur scène lors de sa tournée brésilienne. En voilà un qui ne doit pas avoir peur du CV anonyme..

Malgré toutes les activités annexes de son meneur, Hurtmold en est à son quatrième album, dont un split avec les Chicagoans de The Eternals. Ce « Mestro », qui nous intéresse aujourd’hui, est sorti en 2004 sur Submarine Records et se trouve désormais réédité par le label français Nacopajaz avec deux titres bonus. On vous expliquait ailleurs que les groupes brésiliens, quelle que soit leur chapelle, finissaient toujours par sonner brésilien d’une manière ou d’une autre, en incorporant une part de leur patrimoine musical à leur style de prédilection. Hurtmold pourrait bien nous faire mentir. A entendre ces grooves poisseux et enchevêtrés, menés par un vibraphone émancipé, on doit avouer qu’on aurait plutôt imaginé le groupe originaire de Chicago. Il sera difficile de ne pas évoquer le nom de Tortoise dans cette chronique, alors crevons de suite l’abcès

Une écoute distraite pourrait effectivement nous laisser dire que Hurtmold n’est qu’une simple déclinaison du groupe de John McEntire. Un examen plus approfondi de « Mestro » vient néanmoins nuancer ces propos. Certes, les points communs existent: le vibraphone, les influences jazz, le refus des morceaux formatés, le choix d’une musique instrumentale (sauf un soupçon de chant sur « Chuva Negra »)… Mais les Brésiliens semblent avoir un sens plus aigu de la mélodie qui aide à garder le cap, là où parfois le groupe de Chicago perd un peu ses auditeurs en route. Prenant le temps de développer sans s’éparpiller (les morceaux ne durent jamais plus de 7mn), Hurtmold trouve l’équilibre parfait entre recherches sonores et efficacité de l’écriture. Ayant grandi avec les expérimentations hallucinogènes d’un Tom Zé ou de Os Mutantes, le sextette sait qu’avant de s’amuser à explorer les limbes, il faut d’abord se baser sur un morceau solide. A l’image d’un Cougar par exemple, Hurtmold parvient donc à faire sa place sur l’échiquier post-rock jazzy, mais en puisant dans ses propres atouts: un jeu de percussions classieux (cf. « Amarelo E Vermelho », « Quase 6 De Misticismo »…), une basse impeccable (cf. le groove sensuel de « Sova » ou la rythmique de « Chuva Negra » qui n’aurait pas dépareillé sur le « Goo » de Sonic Youth …) et un sens de la mélodie qui fait souvent mouche (« Mestro », « Musica Politica Para Maradona Cantar »). Notez que chacun des titres aurait pu servir à illustrer tel ou tel argument

Aux sept plages que comptait la première version de cet album, Nacopajaz en ajoute deux nouvelles en bonus. « Kampala » était le titre d’ouverture de « Cozido », deuxième album du groupe. Si on ne comprend pas bien l’intérêt de placer là un morceau d’un autre disque officiel, on ne pourra que constater la constance de Hurtmold qui donnait déjà une belle leçon de groove intelligent. Peut-être un peu moins bien produit, mais toujours bourré de bonnes idées. Inédit sur disque, le joli « Amansa Louco » pourrait répondre quand à lui au dernier Antibalas par ses cuivres mélancoliques avant de s’énerver en dissonances libérées

Pour ceux qui ne liraient que les conclusions des chroniques (hou!!), un disque à posséder sans discussion possible

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