Hocus Pocus – « 16 Pièces »

hocus180Album
(Mercury)
15/03/2010
Hip hop bien sage

Il n’y a pas deux groupes de hip hop en France qui suscite autant de débat chez nous. Isolé des canailles de quartier comme des stars de la variété urbaine, Hocus Pocus aurait pourtant tout pour faire l’unanimité chez un média qui n’a jamais caché son intérêt pour la chaleur et le groove des instruments, dans un genre trop souvent condamné à la froideur des machines. « 73 Touches« , le premier album des Nantais, est peut-être celui qui déliait le moins les langues. Mais depuis « Place 54« , la bande de 20Syl, en cédant ouvertement à la grosse production et à des influences plus adultes, peine à faire l’unanimité. Non pas que nous reprochions au crew d’évoluer et de tracer sa route; seulement que, pour avancer, il a apparemment préféré la facilité de l’autoroute au charme de l’itinéraire Bis.

Rendu trop souvent inoffensif par des excès d’humeur festive (« Putain De Mélodie », « Le Majeur Qui Me Démange »), comme de nombreux élans trop soul et/ou trop jazz (« 25/06 », « Marc », « Portrait », « 100 Grammes De Peur »), « 16 Pièces » parvient toutefois à ne pas dresser un tableau totalement noir. Surtout lorsque les éternelles influences d’Hocus Pocus sont amenées avec la plus grande subtilité (« Papa? », « Wo:oo »), et que quelques contributions de marque viennent faire parler leur expérience. En effet, le crew pouvait incontestablement vouer une confiance aveugle à Alice Russell qui, d’un coup de voix magique, rend digestes les refrains chantés de « Beautiful Losers », comme aux maitres Akhenaton (le single « A Mi Chemin »), Oxmo Puccino (« Equilibre ») et le fidèle Stro The 89th Key de The Procussions (« Signes Des Temps », « J’Voudrais Savoir »), dont les interventions se révèlent aussi profondes qu’elles transpirent le vécu.

Mais, bien qu’il s’en défende en arguant que cet album synthétise ses quinze ans d’existence, Hocus Pocus ne peut s’empêcher de toujours tomber dans ses mêmes travers qui le rapprochent d’un public respectable, plus large, mais peu exigeant, et qui l’éloigne par la même occasion de ses plus anciens fidèles. Ainsi, « 16 Pièces » est une nouvelle salve dont on retiendra malheureusement encore une fois le côté lisse et surproduit: un défaut récurrent quand on a affaire à des musiciens de grand talent, un poil trop scolaires, qui oublient trop souvent que l’âme a aussi sa place en studio. Dommage, car Hocus Pocus, seul au pouvoir sur la scène instrumentale hexagonale, mérite beaucoup plus que de devenir la bande son idéale des sandwicheries branchées et bourgeoises de l’Ouest parisien, là ou Grand Corps Malade et Abd Al Malik se disputent déjà la place. Peut-être que lors d’un prochain album plus humble et moins démonstratif, les Nantais se rappelleront qu’un joli et chaleureux deux pièces vaut parfois mieux qu’un trop grand appartement témoin.

Disponible sur
itunes21

À lire ou écouter également:

,

3 réponses à Hocus Pocus – « 16 Pièces »

  1. Kalcha 13 mars 2010 à 16 h 40 min #

    Matthieu… Merci. 😀

  2. colombo 15 mars 2010 à 18 h 27 min #

    ouf !
    ça fait du bien de lire une critique objective .
    Ras le c.. de lire toujours les mêmes chroniques de bon ton sur ce type de groupe qui ferait bien de se ressaisir et de revenir à un peu plus de sincérité .
    Et un sandwich sans pain avec un soupçon d’arôme jambon-fromage , un !

  3. Manu 26 mars 2010 à 10 h 19 min #

    Je ne vous comprends pas M Colombo, pas la peine de vouloir faire croire que vous n’aimez pas le manque de prise de risque d’HP(puisque c’est de cela dont il s’agit apparemment) alors que vous écouter en boucle Micronologie dans votre intérieur cossu, le tout en contemplant la construction de votre piscine.

Laisser un commentaire