Hilary Woods – ‘Cult’

Hilary Woods – ‘Cult’

Album / Sacred Bones / 08.06.2018
Dream pop ensorceleuse


En cette période où les jours sont les plus longs, Hilary Woods sort un disque nocturne, qui évoque ces moments brumeux où les formes sont indistinctes, les sens perturbés. C’est un peu à l’image de sa vie musicale : l’Irlandaise, qui joue du piano depuis sa plus tendre enfance, a connu son quart d’heure de gloire à la basse de JJ72, groupe indie rock du tournant du siècle. Nous sommes déjà vingt ans plus tard et, à la suite d’une poignée d’EP confidentiels mais non dénués d’intérêt (voir le très réussi Night), là voici avec Colt, un vrai premier album sorti chez Sacred Bones.

Colt débute sur de pudiques notes de piano, celles de Inhaler, bientôt survolées de nappes synthétique telles des violons. Il y est question de séparation, les corps s’en vont, l’esprit reste. Le ton donné, les bases posées, Prodigal Dog est plus ample, il enveloppe avec douceur, comme cette voix éthérée dans laquelle on décèle bien une tendance à la mélancolie, mais aussi une bienveillance agréable. Passé le premier frisson, on est finalement bien. Sur Kith, une guitare vient remplacer son instrument de prédilection mais reste discrète, la voix est toujours en premier plan, fragile mais assumée, renforçant le côté personnel des compositions. Il faut attendre Jesus Said, cette contradiction du Saint Père, pour que le rythme change significativement, une boîte à rythme primitive venant danser avec le piano qui donne ses notes les plus claires. La voix n’est plus la même, et la phrase ‘Give me back my skin, I want to live in it‘ suggère une relation complexe à la religion, le catholicisme étant – on le sait – puissant en Irlande. En fin de course, Black Rainbow – seul morceau à contenir des éléments pop – sonne comme un slow des années 60 ou rappelle le générique de Twin Peaks, tandis que Limbs met un point final sur une ballade magnifiquement orchestrée.

Hilary Woods a enregistré ce disque dans son appartement du Nord de Dublin avec du matériel qu’elle a accumulé au fil des ans, et elle l’a co-produit avec James Kelly de WIFE et Altar of Plagues. Au rayon des influences, elle site volontiers sa collègue de label Jenny Hval, ainsi que des artistes de folk et de musiques contemporaines : deux mondes qui n’en font plus qu’un, le sien, et que l’on rencontre dans cette ballade au clair de lune, où on ne distingue pas bien le rêve de la réalité. Colt s’écoule en beauté et amène son auditoire fasciné à travers huit compositions soignées, certaines évoquant néanmoins des choses plus ténébreuses qu’elles en ont l’air. Il est bien là le danger : le charme de ce disque est tout ensorceleur.

VIDEO
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Inhaler, Prodigal Dog, Limbs


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