High Tone – « Underground Wobble »

Underground Wobble[Album]
02/10/2007
(Jarring Effects/Discograph)

A la suite de la sortie en avril 2005 de « Wage Digger« , beaucoup ont certainement cru que le digidub du High Tone des origines, celui du fondateur « Opus Incertum« , n’était plus de ce monde et avait dignement cédé sa place à des sonorités largement plus électroniques, proches du breakbeat, du hip-hop et de la drum n’ bass… Car en effet, après le fracassant « Acid Dub Nucleik » et un album live en demi-teinte, les lyonnais ont éprouvé le besoin de diversifier leurs expériences et d’aller explorer d’autres sentiers musicaux, plus éloignés des influences « ethno-dub » qu’on leur attribue communément. Qui aurait donc pu croire que cette nette bifurcation allait finalement déboucher sur un retour aux bases de départ tant regrettées

Ce n’était pourtant pas les signes avant-coureurs qui manquaient: des deux singles de dub UK enregistrés avec le vétéran Martin Campbell (fondateur de Channel One UK) et Shanti D, au magistral « Zentone » de l’été 2006, les mois qui suivirent la production de « Wage Digger » sentaient à plein nez le retour aux racines. C’est aujourd’hui officiel avec la sortie du tout frais « Underground Wobble », incarnant une bonne fois pour toutes et sans complexe ce « come back » salvateur

L’album ne tarde d’ailleurs pas à nous le faire comprendre. Le son qui se dégage du premier « Understellar » est reconnaissable les yeux fermés. On ne vous cachera pas le plaisir éprouvé à l’écoute de ce titre d’ouverture, progressif, haletant et mystique, rappelant les bons vieux « Dehli/Katmandou » et « The Orientalist »… La suite n’en est pas moins réjouissante. Dès « Freakency » réapparaissent ces cris sourds et ces voix intemporelles sorties d’un autre monde, participant activement à faire des titres du quintet de véritables scènes de cinéma fantastique qui sont autant de portes ouvertes à l’imagination (on pense par exemple aux excellents « X-Ray », « Glowing Fire » ou « Do Not Panic »). Aux samples vocaux vient s’ajouter dans les compositions des lyonnais le grand retour des instrumentations aux ambiances orientales, tibétaines et hindoues, qui invitent plus que jamais au voyage dans les déroutants et hypnotiques « Day Break Leaving », « Depth In The Middle » et « Soundscape »

Le plus fort reste que les High Tone ont su tirer profit de leur expérience marginale de « Wage Digger » (dont on retrouve les traces dans « Speed 110 » ou « Northern Lights », exaltant les scratches incisifs et affûtés d’un Lionel Dumas aka DJ Twelve toujours au top) pour produire avec « Underground Wobble » une synthèse parfaite de toutes les énergies qui ont traversé leur carrière, des plus roots aux plus digitales et psychédéliques. « Ask The Dust » en est un excellent exemple, débutant calmement sur des touches trip-hop jazzy à la Wax Tailor pour finir sur des envolées drum n’ bass saccadées et électriques, qui ne sont pas sans rappeler au passage les fantômes de l’énormissime « Enter The Dragon »

Finalement, ces quinze titres, qui éveillent les sens autant qu’ils remuent les tripes, enchantent autant qu’ils troublent, résument à eux-seuls tout l’art et le talent d’High Tone. Rares sont en effet les groupes qui mobilisent à ce point les sens de leurs auditeurs pour les projeter dans des univers sombres et mystérieux, d’une richesse inépuisable. Avec « Underground Wobble », le quintet peaufine et labellise son style en atteignant une maturité sereine, comme si les albums précédents n’étaient que des étapes menant toutes à la réalisation de ce produit final. Cet opus est ainsi bien la preuve que les High Tone, tout comme leurs amis angevins de Zenzile, savent encore secouer énergiquement une scène dub-electro hexagonale qui aurait fâcheusement tendance à se reposer sur ses lauriers. Un véritable coup de maîtres.

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