High Tone – ‘Ekphron’

Album / Jarring Effects / 31.03.2014
Electro dub

Voilà maintenant quatorze ans que High Tone fait résonner son dub en France et ailleurs: une éternité, presque un miracle quand on sait que le genre – qui faisait la fierté de la scène musicale française dans les années 2000 – lutte désormais constamment pour sa survie. Alors que beaucoup battent sérieusement de l’aile, que d’autres ont tout simplement été rayé de la carte, les lyonnais répondent toujours présents, presque intacts, et signent un septième album studio à la fois représentatif de leur marque de fabrique, et empreint d’une volonté certaine d’élargir une nouvelle fois leur champs d’action.

Comme ses prédécesseurs, ‘Ekphron’ traverse des décennies de musiques, puise dans les sons analogiques des années 60 et 70 pour les marier avec les technologies électroniques des dernières décennies. Rien de nouveau sur le fond donc (‘All Expectations’, écart hip hop avec Oddateee sur ‘Old Mind’, ‘Super Kat’). C’est plutôt sur la forme que ce nouvel opus se distingue des précédents. Axé sur la thématique d’un voyage à la fois géographique et intérieur, il avance sur un fil tendu entre le concret et l’abstrait: influences world et sonorités traditionnelles vous projettent ailleurs tout en gardant les yeux ouverts (‘Wahqam Saba’), et affrontent des morceaux étonnement plus évasifs, qui vous invitent à les fermer pour déconnecter de la réalité (‘Basis’ soutenu par le violoncelle de Vincent Segal, ‘72’ Turned Off’). Parfois même, High Tone offre les deux en un, à l’image de ‘A Fistful Of Yen’, premier extrait dévoilé il y a déjà quelques semaines et plutôt représentatif de l’ensemble du disque.

De là, tout est question de sensibilité. Si, comme beaucoup, vous considérez avoir tout entendu du dub made in France, ‘Ekphron’ ne devrait pas vous pousser au delà du Jura. Quant aux autres, amateurs de ce savoir faire bien français pourtant de plus en plus bousculé par des incursions dubstep décidemment tenaces (‘Raag Step’), parfois grossières (‘Until The Last Drop’), ils trouveront sans aucun doute de quoi promener leur âme sur les territoires plus fantasmagoriques pour lesquels ils s’étaient mis en quête. Cette indécision ne fait donc pas de ‘Ekphron’ le meilleur cru de High Tone, seulement un nouveau chapitre finalement pas aussi prévisible qu’on le pressentait, très digne d’une discographie qui commence à donner le vertige.

‘Basis’, ’72’ Turned Off’, ‘A Fistful Of Yen’

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