Hanni El Khatib – « Head In The Dirt »

hanni180Album
(Because)
29/04/2013
Rock garage

Quand il a débarqué il y a deux ans avec un premier album dont il a signé toutes les lignes, de la composition à la production en passant par l’enregistrement, Hanni El Khatib s’est définitivement révélé au monde musical alors tout émoustillé par les Black Keys avec lesquels il entretenait déjà quelques évidents points communs: l’incandescence du blues, le charme vintage et cette incroyable sensation que les vieilles influences renforcent un registre plus qu’elles ne le plombent. Le destin réservant parfois quelques surprises, le californien passera alors très vite du rang d’admirateur à celui de collaborateur après avoir séduit Dan Auerbach, guitariste/chanteur du duo qui ne manqua pas de lui proposer de prendre en main la production d’un deuxième disque se faisant déjà attendre. Avant même qu’on puisse l’entendre, la carrière de Hanni El Khatib était définitivement lancée.

Heureusement, parce qu’il n’est pas du tout certain que tous ceux restés sensibles au rock rugueux et au groove de « Will The Guns Come Out » se retrouvent dans ce « Head In The Dirt », pourtant parmi les sorties rock les plus intéressantes du moment. Car débarrassée de la comparaison que traîne chaque deuxième opus tel un fardeau, cette nouvelle salve tient fermement la route: à l’exception d’un « Penny » très pop et formaté, Hanni El Khatib ne cède à rien d’autre qu’à son inspiration, étale encore sa facilité à écrire des refrains efficaces (« Head In The Dirt »), envoie quelques soli de guitare capables de relever un morceau tout entier (« Family », « Skinny Little Girl »), et soigne très justement la diversité nécessaire à son album (les passages reggae/dub de « Nobody Move » et « Low », le blues appuyé de « Save Me »).

Ce n’est donc nulle part ailleurs que dans sa tentative d’amélioration que ce « Head In The Dirt » échoue, c’est à dire dans l’accomplissement d’une collaboration trop poussée qui finit de lisser l’opus, lui ôter toute originalité et mordant. La faute surtout à un Dan Auerbach qui – comme marqué par ses quelques expériences avec un DangerMouse bien connu pour fortement colorer tout ce qu’il touche – n’est pas allé de main morte pour imposer sa patte sur tout l’album. Entre arrangements déjà largement usés par les Black Keys (« Head In The Dirt », « Can’t Win Em All ») allant parfois jusqu’à une certaine approche de la mélodie (« Skinny Little Girl »), le bonhomme a ni plus ni moins réussi à ce que son nouveau petit protégé finisse par courber l’échine sous le poids de son influence et de son expérience. Quelques esprits mal placés pourraient même considérer « Head In The Dirt » comme la transition idéale et calculée entre « El Camino » et le prochain opus du duo.

Logique donc que la partie la plus intéressante de ce nouvel album réside dans ces morceaux échappant à toute influence, et au sein desquels Hanni El Khatib a réussi à conserver assez d’espace pour exprimer ce qui sort directement de ses tripes. Ainsi, c’est dans l’incandescent et venimeux « Nobody Move », le rugueux et encrouté « Save Me », un « Sinking In The Sand » parti bille en tête, ou dans la magnifique ballade finale qu’est « House On Fire » que ce « Head In The Dirt » trouve essentiellement sa saveur. Le reste du temps, le Californien ne fait que nous imposer Dan Auerbach, à la manière de ces bons potes que l’on a tous, dont on s’efforce de supporter les compagnes.

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En écoute intégrale

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