Hail Mary Mallon – ‘Bestiary’

Album / Rhymesayers / 10.11.2014
Hip hop indie

Si, comme nous, vous faites partie de ceux qui se sont passionnés pour l’incroyable productivité du hip hop indépendant américain des années 2000, quand Def Jux occupait toutes les conversations de l’intelligentsia underground new yorkaise, Aesop Rock et Rob Sonic sont sans nul doute parmi ces Mcs dont vous guettez les moindres faits et gestes. Si, tout récemment, l’ancien Sonic Sum s’est brillamment rappelé à notre bon souvenir en sortant le très convaincant ‘Alice In Thunderdome‘, son compère du jour ne peut pas en dire autant. Nettement plus discret depuis qu’il a tenté – sans vraiment convaincre – de poser son rap sur les chansonnettes folk décalées de Kimya Dawson (Moldy Peaches) sous l’étiquette The Uncluded, Aesop Rock est enfin de retour, bien entouré, et surtout dans l’élément qui convient le mieux à son flow si singulier.

Trois ans après ‘Are You Gonna Heat That?‘, et toujours en compagnie de Dj Big Wiz seulement auteur de quelques scratches opportuns, ces deux virtuoses du verbe offrent donc une suite à Hail Mary Mallon, un projet collaboratif qu’on aurait pensé éphémère. Que dalle, c’est plein d’envie et surtout bourrés d’idées que le trio déroule une quinzaine de titres tout droit sortis d’un moule qui n’appartient qu’à lui, pile poil au bon moment alors qu’Ebola est en train de terroriser la terre entière. Vous ne suivez plus? Mais si… Pour rappel, les trois tiennent leur nom de Mary Mallon, cette cuisinière porteuse du virus mortel de la fièvre typhoïde qui a contaminé une cinquantaine de personnes avant de mourir en quarantaine en 1938. Bref, au diable les livres d’histoire, et plein feu sur ‘Bestiary’, une nouvelle salve plus consistante et homogène que la précédente, dont les deux principaux protagonistes se sont partagés la production.

Chacun affectionnant particulièrement les beats complexes et crasseux, les ambiances sombres, froides, hypnotiques et légèrement futuristes (‘Jonathan’, ‘The Soup’, ‘Kiln’), mariées à un groove sec et mélodieux que maîtrisait autrefois Blockhead (‘Hang Ten’), le disque ne souffre d’aucun manque de cohérence dans ce mélange de rock, d’electro et de hip hop old school devenu marque de fabrique. Au contraire, il s’étale le plus naturellement du monde sous les flows complémentaires d’Aesop Rock et Rob Sonic (‘Krill’, ‘Dollywood’), jamais avares en références cinématographiques, jeux de mots et clins d’oeil humoristiques: deux ultimes caractéristiques qui finissent de rendre inévitable le rapprochement avec Run The Jewels, autre duo gratiné qui, dans l’élan de son succès planétaire, pourrait logiquement trainer Hail Mary Mallon dans son sillage.

‘Krill’, ‘Dollywood’, ‘Kiln’

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