GY!BE – « Allelujah! Don’t Bend! Ascend! »

god180Album
(Constellation)
15/10/2012
Post rock

Il y a dix ans, « Yanqui U.X.O » s’évadait de la gueule de bois d’un monde saisi, traumatisé par des attentats destinés à nous plonger pour de bon dans une ère anxiogène. Loin de tous clichés opportuns, fidèle à l’anticonformisme des québécois, l’oeuvre se faisait le porte-voix des tragédies sourdes et inaudibles – celles qu’on ne relate jamais (ou si peu) de notre côté du globe – et dénonçait par la même occasion l’étroite connivence des industries du disque et de l’armement.

Une décennie plus tard, rien n’a changé, ou presque. La formation le revendique même par communiqué: elle « reprend les choses précisément là où elle les avait laissées« . Avec une noblesse presque anachronique, GY!BE revient donc rompre cette torpeur dans laquelle nous étions depuis trop longtemps installés. Ainsi, « Allelujah! Don’t Bend! Ascend! » ne déroge pas à la ligne effrontée des montréalais tant l’insurrection y est présente de toute part. Sur l’artwork, deux missives se sont logées en guise de référence aux dérives liberticides et économiques du Québec: « Fuck la loi 78 » et « Fuck le plan Nord« .

Naturellement, le collectif n’allait pas en rester là. En débutant par « Mladić », il nous remémore le nom du tristement fameux commandant en chef de l’armée serbe de Bosnie, aussi surnommé « Le Boucher des Balkans ». Longue de vingt minutes, cette introduction nous plonge dans un maëlstrom de guitares incisives, de réminiscences orientales, une chorale de bourdonnement progressant lentement dans chaque interstice pour, enfin, envahir un paysage désolé. Ces effusions, revisite du titre live « Albanian », nous rappelle toute l’intensité du combo qui, sans équivoque, sans compromis, et malgré les années, n’a rien perdu de sa puissance de feu.

Le brasier brûle toujours et la suite l’attise. Non sans dommage collatéral, « Their Helicopters’ Sing », drone sinistre et lancinant, nous amène vers l’autre pièce majeure, « We Drift Like Worried Fire ». Également entendue en concert (alors intitulée « Gamelan »), cette mélopée de cordes et de carillons s’échappe du désenchantement et des charbons ardents pour nous guider vers une errance plus heureuse. Salvatrice, cette résurrection s’interrompt pourtant le temps d’un intermède plus frondeur car, chez GY!BE, les bourgeons n’ont pas le temps d’éclore que, déjà, le temps de la fanaison est venue; la rythmique se fait plus martiale, les guitares criardes et les cordes répétitives jusqu’à la libération d’une fin majestueuse. Cette chasteté si salutaire cesse alors pour une conclusion assourdissante, au titre suffisamment évocateur – « Strung Like Lights at Thee Printemps Erable » – finissant d’achever nos espoirs les plus aveugles.  Les cendres sont toujours vives et les plaies, béantes.

Cette pause n’en était donc pas une. Silencieuse, la révolte grondait toujours chez Godspeed You! Black Emperor, et attendait simplement son heure. Elle n’aurait guère pu trouver meilleure saison pour éclater au grand jour tant à l’heure où l’indifférence est un réflexe inconscient, cette œuvre, aussi humble soit-elle, soigne notre cécité. Amen.

itunes16

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