Grimes – ‘Art Angels’

Album / 4AD / 06.11.2015
L’Eclosion d’une pop star

Quand, il y a trois ans, nous croisions la route de Claire Boucher, c’est une demoiselle timide, presque empruntée, étonnée par la rapidité de son succès, qui répondait à nos questions. Cette artiste au sens large (elle signe également ses pochettes et la plupart de ses clips) dégageait alors une force aussi palpable qu’attendrissante, puisée dans le paradoxe sans cesse entretenu par cette attitude chétive cachant une détermination sans faille à défendre une musique avançant à cheval entre la marginalité et les sentiers battus, tout en assumant une réelle attirance pour la pop mainstream.

Aujourd’hui, on ne sait plus très bien. On ne sait plus si ce sont ses bricolages amateurs des débuts qui faisaient l’originalité de Grimes, ou si sa popularité grandissante l’a poussée à assumer concrètement son affection pour la musique grand public. En dévoilant ‘Go’ l’année dernière, elle faisait un premier pas dans ce sens, encouragée par une assurance décuplée et un savoir-faire plus maitrisé. Ce single aussi opportuniste qu’efficace, elle l’avait composé instinctivement à l’attention de Rihanna, avant de le garder finalement pour elle, contrainte et forcée face à l’indifférence de la star. Froissés par la démarche et les nouvelles sonorités affichées, les fans exprimèrent bien haut leur mécontentement, au point de pousser leur idole à renoncer à l’album qu’elle était alors en train de finaliser.

Cette période quelque peu chaotique désormais derrière elle, Claire Boucher laisse donc à ‘Art Angels’ la lourde tâche d’afficher le nouveau visage d’une Grimes rendue imprévisible par ses propres incertitudes. Passée des profondeurs indie de Sacred Bones au gratin de 4AD, aucun doute que la starlette va de nouveau faire débat. Sur sa forme déjà tant ce nouvel album souligne des talents de productions décuplés et repose sur une grande diversité musicale. Ici, electro, K-pop (‘Kill V.Maim’), et même métal (‘SCREAM’) jouent des coudes sans écorcher l’homogénéité du tout. Sur son fond aussi puisque la Grimes d’aujourd’hui n’est manifestement plus celle d’hier : si elle refuse toujours la facilité et entretient à plus petite dose l’étrangeté qui a constamment fait partie de sa personnalité, elle affiche bien haut ses nouvelles ambitions, ôte le flou qui enrobait sa pop du temps de ‘Visions’ pour mieux sauter à pieds joints dans des compositions plus directes.

Mais soyons clairs: si la demoiselle a fait un pas vers la lumière, elle est encore très loin des feux sous lesquels évoluent celles qu’elle respecte, Beyonce ou Lady Gaga pour ne citer que ces deux-là. Tout au long de ‘Art Angels’, elle s’applique ainsi à dessiner un univers très personnel qui soit facilement apprivoisable, et y parvient quelques fois en offrant des productions riches, digestes et mesurées à des mélodies véritablement tubesques (‘California’, ‘Flesh Without Blood’, ‘Butterfly’). Ni plus ni moins que des aperçus d’une pop star en devenir. ‘En devenir’ seulement car, au delà de quelques manqués dus à trop de générosité (‘Venus Fly’) ou à un goût simplement douteux (‘Kill V.Maim’, ‘Artangels’), l’album se montre encore trop souvent sur la retenue (‘Belly Of The Beat’, ‘Easily’, ‘Pin’, ‘Realiti’), comme si la Grimes de ‘Go’ ne s’était pas encore totalement débarrassée de sa crainte de décevoir.

‘California’, ‘Flesh Without Blood’, ‘Easily’, ‘Butterfly’

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