Gonjasufi – « The Caliph’s Tea Party »

gonja180Album
(Warp)
18/10/2010
Hip hop psyché remixé

Le pari était risqué. Seulement quelques mois après la sortie de « A Sufi & A Killer« , certainement un des disques les plus atypiques et marquants de cette année 2010, Gonjasufi refait parler de lui à l’occasion d’un album de remixes qui n’est pas sans inspirer une certaine méfiance, comme à chaque fois que l’exercice est étendu sur la longueur d’un LP. Plus encore ici car, au delà de la voix polyvalente du Mc mystique, cette personnalité musicale qui lui a permis de convaincre la majorité des oreilles qui se sont penchées sur son cas est aussi à créditer au profit des producteurs qui l’accompagnaient alors, qu’ils soient Flying Lotus, Gaslamp Killer ou Mainframe.

Si « The Caliph’s Tea Party » s’en tire plutôt bien, il affiche deux approches bien distinctes qui font son inégalité. Ainsi, suivant ses goûts, l’auditeur y trouvera certainement son compte. Partiellement seulement. En effet, tandis qu’une poignée d’artistes appelés pour cette série de revisites parviennent à conserver l’originalité qu’incarne à elle seule la voix de Gonjasufi (Hezus pour « My Only Friend »), d’autres l’emmènent sur des terrains plus inattendus avec plus ou moins de réussite (« Ageing » par Dam Mantle, « Love Of Reign » par Bear In Heaven, « DedNd » par Agdm), surtout quand elle en fait également les frais (« Kobwebz » par Jeremiah Jae, Oneohtrix Point Never » sur un « She’s Gone » pourtant quasi sacré, « Change » par Shlomo).

Puis il y a les meilleurs, ceux qui sont assez mémorables pour passer au delà de toutes considérations de style et qui ne manqueront pas de fédérer un large public, peut être plus large encore que celui de l’album original. C’est à n’en pas douter le cas du « Ancestors » de Mark Pritchard (plus connu sous l’entité Harmonic 313), proposé dans une version sombre, ambiant et psyché enrobant parfaitement les incantations fumeuses de son hôte. Aussi celui du très bon travail de Bibio sur « Candylane » qui lui impose un groove et une immédiateté rarement si franche dans le registre de Gonjasufi, ou de MRR sur un « Holidays » revigoré, meilleur que son original quand il gagne ainsi en percussion ce qu’il perd en électronique.

« The Caliph’s Tea Party » affiche donc un manque de cohérence prévisible qui aurait pu être atténué si une plus grande attention avait été porté à la voix de Gonjasufi, élément pourtant déterminant ici, mais parfois relayé au second plan au profit de la musique. Reste que cet album mérite amplement sa place aux côtés des originaux, bien qu’il rappelle constamment à quel point ceux là furent une vraie réussite. Mieux que d’éviter le pire, Warp l’a donc ici bien contourné.

En écoute


Disponible sur
itunes16

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