Freddie Gibbs – ‘Shadow of a Doubt’

Album / ESGN / 20.11.2015
Hip hop

L’ombre d’un doute. Un titre qui reviendrait comme une question récurrente dans la tête de Freddie Gibbs après le succès critique et commercial de ‘Pinata‘, fruit de sa collaboration avec Madlib. Occupé à faire les cent pas entre les quatre murs de son studio pour réfléchir à la meilleure manière d’enchainer sur ce qui reste un des meilleurs albums de hip hop de l’année dernière, le rappeur de l’Indiana a finalement pris la décision de battre le fer pendant qu’il était encore chaud : ‘Shadow of a Doubt’, son troisième long format, est marqué par le sceau d’une versatilité plus affutée que jamais et d’appels du pied subtils vers une aura toujours plus grandissante.

Difficile de définir un centre à ce disque tant il semble déchiré entre le désir de rester sur ses acquis et celui de se frotter à des sonorités plus en vogue.  Du côté des tentations, une évidente envie de s’acoquiner avec Atlanta au détour d’une prod’ signée 808 Mafia et d’un refrain dans l’air du temps (‘Packages’). Plus loin, quelques productions éthérées ou les histoires de gangs et de meurtres semblent se figer (‘Rear View’), nous indiquent la voie du changement avant un apaisement inattendu lors d’un refrain mélodieux ou Freddie pousse presque la chansonnette (‘Careless’).

De l’autre côté, on assiste à un besoin d’ancrage, de tradition, dans un imaginaire bien établi et droit dans ses bottes, qui fantasme les points cardinaux du trafic (le superbe ‘Mexico’), les piles d’argent sale (‘Fuckin’Up The Count’) et ceux qui écoulent la marchandise (‘Narcos’). A ces thèmes rabattus, on appose des productions plus sages, marquées par le verbe conscient de Black Thought (‘Extradite’) et quelques sentiments épars qui fusent presque par miracle (‘Forever And A Day’).

Au bout du compte, l’ombre et le doute demeurent, tous deux symptômes d’un Mc qui hésite sur l’orientation qu’il souhaite donner à sa musique. Au milieu de la confusion, une confirmation : celle d’un rappeur métamorphe, aussi bien capable de s’épancher sur les boucles de Madlib que de converser avec deux seigneurs (Gucci Mane et E-40 sur ’10 Times’), tout en faisant du pied aux modes actuelles. Autant de manière pour Freddie Gibbs de nous dire que, pour lui, l’avenir s’annonce aussi passionnant qu’incertain.

‘Careless’, ‘Mexico’, ‘Packages’, 10 Times’, ‘Lately’, ‘Cold Ass Nigga’

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