Frankie and the Witch Fingers – ‘ZAM’

Frankie and the Witch Fingers – ‘ZAM’

Album / Greenway / 01.03.2019
Garage psyché


Il était une fois quatre américains. Quatre américains que le sort a voulu réunis par la même passion : une certaine vision du psychédélisme, tout droit héritée des pères fondateurs du genre, à savoir 13th Floor Elevators, The Byrds ou encore Love.

Après une rencontre coup de foudre au début des années 2010 en Indiana, et du haut de sa vingtaine tout juste passée, le quartet fonde d’abord Triptides. Avec un style gravitant quelque part à la croisée des chemins de Temples période Sun Structure et de Tame Impala période Innerspeaker, caractérisé par un savant mélange de pop psyché lo-fi, le groupe ne tarde pas à se frayer un chemin au travers de la jungle néo-psychedelique moderne, à grands coups de tubes lumineux aux influences sophistiquées fleurant bon la Californie des sixties. Emmenés par le label français Requiem For A Twister, ils parviennent à nos oreilles en 2015, à l’occasion de la sortie de l’album Azur. Mais à force d’hommages répétés à la mouvance hippie californienne, l’année 2017 est pour eux l’occasion de sauter le pas pour de bon. Le groupe s’installe alors (enfin) dans la Mecque du psyché de l’oncle Sam – Los Angeles – et y enregistre After Glow, suivi l’année suivante par Visitors.

Seulement voilà, alors que les deux fondateurs du groupe (Dylan Sizemore et Glenn Brigman) en étaient encore à leurs balbutiements dans le midwest, l’idée d’un projet parallèle à Triptides germa progressivement dans l’esprit fécond des deux protagonistes. Étrangement baptisé Frankie and The Witch Fingers, celui-ci fut d’abord un prétexte pour délaisser quelque peu la pop délicate et raffinée qui les définissait, au profit d’un rock plus garage et instinctif, dont les rythmiques très soutenues et les éléments de surf rock ne sont pas sans faire écho à la tornade Oh Sees s’abattant sur la côte ouest au même moment.

En découle un album éponyme en 2015 et, trois opus plus tard, arrive ZAM. Si l’on retrouvait dans ses prédécesseurs un côté garage lo-fi assez singulier, ce nouvel album se veut de manière générale beaucoup moins brouillon que les anciens. Les éléments garage/psyché/surf, bien que toujours présents, se voient ainsi plus contrastés, notamment par un chant moins noyé dans les distorsions et autre fuzz qu’auparavant. De la même manière, les basses sont plus rondes et la batterie plus percutante que jamais, tout cela contribuant à apporter plus de relief et d’équilibre au rendu final. L’entame Dracula Drugs pose à elle seule de solides bases : une introduction des plus progressives où l’on distingue à peine quelques notes de guitares semblant flotter en apesanteur, avant que la batterie nous fasse glisser avec elle sur un terrain de plus en plus mouvant, le tout débouchant sur un refrain carnassier à la rythmique diablement efficace sans que l’on ait le temps de se douter de quoi que ce soit. Rarement une entrée en matière aura été aussi réussie : on en redemande et on engloutit l’album comme si de rien n’était. Work, Pleasure, Underneath You, ZAM, autant de pépites qui n’ont rien à envier à la bande de John Dwyer. Frankie And The Witch Fingers marque ici un tournant majeur dans l’évolution de son rendu, en se hissant encore un peu plus haut dans la maîtrise de la technique et des rythmes. Tornades de guitares électriques, envolées de basse stratosphériques, synthétiseurs totalement barrés, batterie explosive… Force est de constater que le groupe réalise ici un véritable exploit, et l’on espère qu’il continuera sur cette lancée en nous propulsant avec lui dans son univers déjanté dorénavant à des années lumières de celui de Triptides.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Dracula Drug, Work, Pleasure, Underneath You


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