Forss – « Ecclesia »

forss180Album
(Forss)
12/06/2012
Messe electronica

An de grâce 2003: Forss sortait « Soulhack« , son unique album, aujourd’hui discrètement devenu classique par sa rareté. Du coup, on lui en voulait presque d’avoir disparu de la circulation après avoir excité tous les tympans exigeants avec ce disque admirable d’electronica parfaitement découpée. Seulement, Eric Wahlforss était bien occupé: entre temps, il a dignement co-fondé Soundcloud, cette plateforme qui s’est offert le luxe d’enterrer Myspace, aujourd’hui utilisée par des millions d’internautes. Une fois le projet sur les rails, il était donc temps pour le suédois de se remettre à ses sculptures sonores avec une idée bien précise en tête, née en partie des observations juvéniles de sa mère – à l’époque chef de chœurs – et de la mystérieuse collection de disques héritée de son grand-père.

En libérant des titres au compte-goutte depuis quelques mois sur son site, le musicien dévoile l’église comme thème principal de « Ecclesia »: un pari risqué car il manipule ici un domaine intouchable. Pourtant, même si cette thématique n’a jamais (à notre connaissance) été abordée à un niveau aussi avancé dans le domaine électro, difficile de contester ce travail en forme de mise en lumière inédite et moderne de la musique ecclésiastique. Un peu frileux devant ce concept, avouons-le, nous pressons le bouton lecture habités d’une certaine appréhension pour laisser sonner les cloches de « Introitus », célébrant en grande pompe  le départ de ce nouvel album-concept. Chœurs, orgues et ambiance religieuse sont donc logiquement les principaux éléments qui garnissent ces onze titres rythmés par des beats faits de bois, de pierre et de métal, une constitution volatile qui ajoute beaucoup de profondeur au dubstep mélodique « Voca Nomen Tuum », comme si James Blake s’était fait moine.

Inutile d’être croyant donc pour apprécier cette bass music subtile, sublimée par le pesant « Regulus », affrontement entre une grosse ligne de basse et des chants célestes, ou « In Paradisum » où l’on retrouve l’homme qu’on connaît, sorcier des cuts et des samples. On gobe finalement l’hostie avec délectation en oubliant presque l’idée de base. Après tout, sampler des sons d’église n’est pas plus farfelu que de piocher sa matière sonore dans la forêt, dans les films des années 60 ou dans la salle de bain. D’autant que Forss varie les styles entre le petit bijou organique « Me Apparo », un peu de techno midtempo parfaite pour l’after du dimanche matin (« Diligam ») ou le superbe « Somnio Somnium » qui fait intelligemment intervenir une jungle old-school. Rarement le grand écart n’a été aussi large entre les époques: d’un côté l’une des plus vieilles musiques du Monde, et de l’autre son application iPad associée, comble de la modernité. La Messe est dite

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