Flip-Flop #3 – Man Of Moon, Space Dimension Controller, Dreamboy, The Mystery Lights, Jeff The Brotherhood

MAN OF MOON – Medicine
Ep / Melodic / 05.05.2016
Pop rock

Un single qui amène quelques rencontres et ouvre les portes de tournées en compagnie de prestigieux compatriotes. L’histoire des écossais de Man of Moon n’est pas des plus originales. Sa musique non plus, mais la recette fonctionne à merveille tout au long des quatre titres de ‘Medicine’, un premier Ep qui devrait logiquement déboucher sur un album si l’on en croit le potentiel affiché ici. Plus heavy dans son approche de la composition, le groupe prend désormais ses distances avec la pop en apesanteur qui l’amenait à se confronter sans suspens avec les ambiances de Radiohead. Cette fois, plus proche d’un Franz Ferdinand – en nettement plus sombre (‘I Run’) – que de la bande de Thom Yorke, Man of Moon se distingue par son aisance à accoucher de mélodies accrocheuses, à plonger dans la mélancolie sans tomber dans le pathos (‘When I Wake’, ‘Voices’), ou à adopter ce groove sec hérité du post punk britannique (‘Sign’). Si, par son absence de radicalité et un mélange d’influences encore trop large, le groupe laisse encore seulement entrevoir ses possibilités, cette première pierre pourrait rapidement soutenir un édifice amené à prendre pas mal de hauteur..
A écouter en priorité : ‘Sign’, ‘Voices’

SPACE DIMENSION CONTROLLER – Orange Melamine
Album / Ninja Tune / 26.05.2016
Electro

Jack Hamill, plus connu sous le nom de Space Dimension Controller par les amateurs de musique électronique, a bien fait de ne pas se débarrasser de ses travaux de jeune producteur. La preuve avec ce ‘Orange Melamine’ qui voit le jour huit ans après qu’il l’ait composé, alors qu’il avait seulement dix-huit ans. Entre temps, le jeune homme a étoffé sa discographie chez des labels aussi prestigieux que R&S ou Royal Oak, mais ne pouvait pas trouver meilleure structure que Ninja Tune – à défaut de Warp – pour couver ce qu’il considère comme la période la plus spécifique de sa vie. Complexe, futuriste, mais généralement efficace et accessible (‘West G Cafetaria’, ‘Scollege Campus’), l’album est de bout en bout trempé de synthés, de références à la science-fiction, et de sonorités analogiques rappelant notamment la musique de Boards of Canada. Et pour cause, c’est à l’aide de cassettes audio que ces treize titres ont vu le jour, en enregistrant chacune des pistes sur ce support altérable, en doublant la vitesse, avant de laisser un logiciel leur attribuer leur sonorité finale : un process à la fois méticuleux et tordu, reflet de la grande motivation qui animait alors le producteur, et qui a l’avantage d’offrir à ‘Orange Melamine’ un son inimitable n’atténuant en rien l’efficacité de productions sans cesse partagées entre l’aspect brut de leur sonorité (‘Multicoloured Evolving Sky’) et la douceur pop qui s’échappe de ces bandes usées (‘The Bad People’, ‘Velvet Gentleman’). Un album de son temps malgré tout, qui ferait presque passer Hamill pour un producteur visionnaire..
A écouter en priorité : ‘The Bad People’, ‘Adventures In Slime And Space’, ‘Velvet Gentleman’

DREAMBOY – Endings
Ep / Atelier Ciseaux / 24.05.2016
Pop

Conçu comme une lettre d’adieu à ses premières années montréalaises, ‘Endings’ – second ep de la canadienne Esther Isabel Munits – est un petit recueil de pop moderne qui trouve son équilibre dans des atmosphères tournées vers un ailleurs ou l’on écartèle frontières et distances. Derrière cette voix chargée de mélancolie urbaine, que l’on entend prendre les devants, de discrets synthés dessinent les contours d’une cité noctambule ou se terminent et commencent de nouvelles étapes dans la courte carrière de Dreamboy. La promesse d’un long, des nuances de grisailles et de nouveaux procédés pour continuer à habiller la pop appliquée de la canadienne, qui s’inscrit dans la longue liste des  artistes à suivre sitôt que l’on pose les yeux sur Montréal. .
A écouter en priorité : ‘Endings’, ‘Only Friend’

THE MYSTERY LIGHTS – The Mystery Lights
Album / Wick / 24.06.2016
Rock 70’s

L’histoire de The Mystery Lights rappelle un peu cette pub télé de la Française des Jeux ou l’automobiliste seul croise des milliers de touristes sur le retour. Parce que ce groupe, première signature du label Wick, antenne rock du désormais incontournable Daptone Records, ne fait rien comme les autres. En effet, au delà de se replonger lui aussi dans le meilleur des années 70 tout au long de ce premier album éponyme, il a migré de la Californie à New York, alors que bon nombre de ses homologues actuels font le chemin inverse. La Big Apple et rock n’roll peuvent donc encore bien rimer ensemble. La preuve en onze titres trempés de fuzz, de psyché, de garage des sixties, comme de punk des années 70, survolés par les fantômes du Velvet Underground, des Kinks, des Stooges ou des Doors. Même s’il tarde à dévoiler toutes ses cartes dès l’entame (trop ?) homogène de l’album, The Mystery Lights s’y montre capable de plonger dans le punk (‘Melt’), comme dans des langueurs soul électriques rappelant parfois celles de The Heavy (‘’Too Many Girls’, Too Tough To Bear’). Seul souci : à l’exception du joli ‘Without Me’, le groupe se montre encore trop timide pour faire de chacune de ses compositions de véritables tubes en puissance. En se laissant trop porter par des sonorités d’époque, les néo-new yorkais en oublient de souligner d’un trait franc une personnalité pourtant indispensable quand il s’agit de réemprunter des chemins déjà largement arpentés et piétinés. Un revival plein de charme, mais sans âme.
A écouter en priorité : ‘Follow Me Home’, ‘Without Me’, ‘Melt’

JEFF THE BROTHERHOOD – Zone
Album / Dine Alone / 22.07.2016
Power pop

Jeff The Brotherhood a beau afficher désormais quinze années à son compteur, le duo transpire encore une éternelle jeunesse, et cela même après s’être aventuré généreusement, avec plus ou moins de réussite, dans pas mal de dérivés du rock (stoner et psyché notamment) au fil de deux derniers albums qui avaient laissé comme l’impression qu’on avait définitivement perdu la fratrie. Troisième opus en trois ans et demi, et dixième d’une discographie désormais opulente, ‘Zone’ vient pourtant planter un décor rassurant qui voit le groupe revenir à une power pop garage, là où il est finalement le plus à son aise. Cohérent, simple et droit au but, l’album patauge quand il semble ne pas savoir ou aller (‘Zone’, ‘Roachin’, ‘You’, ‘Portugal’), mais affiche la plupart du temps un sens de la mélodie tubesque (‘Punishment’, ‘Juice’, ‘Idiot’, ‘Habit’), rappelant même parfois Weezer (‘Energy’), ainsi que la juste dose de diversité pour maintenir l’attention de bout en bout (l’acoustique ‘Ox’, le heavy ‘Toasted’). Mine de rien, Jeff The Brotherhood n’avait plus enthousiasmé autant depuis un bail. Un bon signe, les deux frangins n’étant pas partis pour ralentir la cadence de leur productivité..
A écouter en priorité : ‘Punishment’, ‘Juice’, ‘Idiot’, ‘Habit’

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