Flip-flop #2 – Mr Lif, Seal of Quality, Yak, Gold Panda, Chapelier Fou

MR LIF – Don’t Look Down
Album / Mello Music Group / 15.04.2016
Hip hop

Dans le bain de créativité que faisait bouillir El-P – et son label Def Jux – au sein de la scène hip hop new yorkaise des années 2000, Mr Lif contrebalançait avec brio les expérimentations de ses acolytes par un plus grand respect des basiques. Alors acteur de poids, le Mc s’est fait beaucoup plus discret ensuite, au point de se faire totalement oublier depuis 2009 et la sortie de ‘I Heard It Today’, dernier album dont le concept accompagnait l’élection d’Obama aux présidentielles américaines. Sept ans plus tard, le natif de la région de Boston retourne aux affaires avec ‘Don’t Look Down’, une nouvelle salve qui – si l’on en croit ses dix morceaux – renoue avec un Mr Lif majoritairement efficace et débordant d’idées. Car, hormis quelques titres écrasés par le poids des années (‘Let Go’ et ‘A Better Day’ trop ancrés dans le trip hop), l’album aligne une poignée de morceaux qui ne manqueront pas de dérouiller les cervicales raidies (‘Pounds of Pressure’, le bancal ‘Mission Accomplished’ featuring The Perceptionists, ‘World Renown’ feat Del The Funky Homosapien). Bien qu’il avance ici en dents de scie, Mr Lif semble avoir retrouvé l’envie qui semblait lui manquer à la fin des années 2000. Rassurant, à défaut d’être totalement convaincant.
A écouter en priorité : ‘Pounds of Pressure’, ‘Mission Accomplished’, ‘World Renown’

SEAL OF QUALITY – Affective Design
Album / Kythibong / 29.04.2016
8-bit punk

On avait quitté Nicolas Cueille à l’automne 2013, à la sortie de son album ‘Life Hacks‘, nettement plus convaincant à l’écoute que sur papier. Une précision qu’il faut d’autant plus apporter à l’heure où on aborde – par écrit – la sortie de ‘Affective Design’, soit le retour de ce musicien prolifique, dompteur de game boys qui, entre temps, a rejoint Room 204 en tant que deuxième guitariste, et réveillé quelques sonorités eighties au sein de The World. Avec Seal of Quality, c’est là aussi une certaine attirance pour les décennies passées qui parle puisque ce sont de nouveau les sons 8-bit des jeux vidéo d’antan qui forment le squelette de huit morceaux nettement plus aboutis, même si ces sonorités auparavant plus agressives se fondent cette fois plus subtilement dans des compositions plus retenues. De tableau en tableau, synthpop, rock indé et métal se tirent donc la bourre, se courent après, zig-zaguent, évitent les pièges, et servent de décor à la voix d’un Nicolas Cueille qui semble de plus en plus l’assumer. Une plutôt bonne nouvelle pour la tenue générale de cet album qui, en s’humanisant, préserve définitivement des risques d’épilepsie.
A écouter en priorité : ‘All Set Up’, ‘Deceiver’

YAK – Alas Salvation
Album / Kobalt / 13.05.2016
Fake

D’instinct, on aurait tendance à se méfier des groupes montés en épingle par les plus grands magazines de rock. Présenté de surcroit comme une des nouvelles révélations venues d’Angleterre, Yak ne fait que multiplier les doutes avant même qu’on ait entendu une seule seconde de ‘Alas Salvation’, un premier album qui mettrait – lui aussi – tout le monde d’accord. Ou pas. Certes, ce groupe sent clairement l’essence, ce qui se confirme apparemment sur scène ou il évolue sans set list, laissant l’improvisation totale se charger du meilleur comme du pire. Seulement, et bien qu’au dessus du lot des banalités atterrissant régulièrement chez les disquaires, le combo peine clairement à faire de son premier long format le monument annoncé. S’il y souffle constamment un vent de liberté qui maintient l’intérêt, l’oreille se rend rapidement compte de l’arnaque : derrière ce trio intrépide se dévoile finalement un groupe au jusqu’au-boutisme dégonflé. Dommage car, en hésitant constamment entre punk, garage, grunge, psyché et noise, Yak aurait pu faire de vrais dégâts. Au lieu de cela, il ne fait que bouffer à tous les râteliers de ses ainés, pique la voix de Muse ici, de Julian Casablancas là, se prend même pour Radiohead (‘Take It’), tout en cultivant des allures de caïds empruntant finalement les paires de couilles des autres.
A écouter en priorité : ‘Victorious (National Anthem)’, ‘Harbour The Feeling’

GOLD PANDA – Good Luck & Do Your Best
Album / City Slang / 27.05.2016
Electro house

Désormais signé sur le label City Slang, Gold Panda revient avec ‘Good Luck And Do Your Best’, un album contemplatif inspiré d’une série de voyages à travers le Japon durant ces deux dernières années. Parfois mélancolique, ce nouvel opus se veut surtout lumineux et teinté de positivisme. Le britannique y démontre une fois de plus son savoir-faire en matière de sampling et de sonorités vintages (‘Autumn Fall’, ‘In My Car’), ses expérimentations contemporaines façon Four Tet (‘Pink And Green’, ‘Time Eater’), ou encore ses virages plus house (‘Chiba Nights’) voire lounge (‘Haylards’). Malheureusement – comme ce fut le cas pour son précédent disque – Gold Panda peine à marquer les esprits en restant tiraillé entre l’envie de revenir aux bricolages sonores de ses débuts et une écriture/production plus actuelle et concise. A défaut de révolutionner le style – la concurrence étant rude – l’anglais fournit ici un album assez maîtrisé pour satisfaire les fans du genre qui y trouveront la bande son de leur été façon Lost In Translation.
A écouter en priorité : ‘Autumn Fall’, ‘Time Eater’, ‘In My Car’, ‘Pink And Green’

CHAPELIER FOU – Kalia
Mini album / Ici d’Ailleurs / 27.05.2016
Electro

Quand, il y a un quasiment deux ans, on soulignait le caractère narratif de la musique de Chapelier Fou, il n’était pas question d’une nouvelle masturbation de l’esprit. La musique de certains artistes a ce don de projeter illico des images dans l’esprit de l’auditeur, et celle de Louis Warynski tout particulièrement à en croire les quelques vidéos YouTube de fans imageant régulièrement son oeuvre. Avec ‘Kalia’, il ne fait donc qu’enfoncer le clou. Inspiré d’un projet d’installation d’arts numériques du collectif d’artistes Lab212, cet Ep joue la carte qu’on n’était jamais trop sûr de voir tomber au moment d’aborder un nouvel opus du Messin : celle du parfait équilibre entre concision et efficacité. Des titres courts, des idées simples exploitées jusque dans leur plus noire profondeur, du groove, et cette science du rythme qui le caractérise, sont autant de composants qui font de ‘Kalia’ le lien, le noyau de multiples expressions artistiques. Sans aucun élitisme, sans aucune prétention, à tel point qu’il pourrait être la parfaite porte d’entrée de sa discographie.
A écouter en priorité : ‘Bulbs’, ‘Technology’, ‘Stripes’

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