Everything Is Recorded – ‘Everything Is Recorded’

Everything Is Recorded – ‘Everything Is Recorded’

Album / XL / 16.02.2018
Modern soul & RnB


Richard Russell est l’un de ces artistes de l’ombre dont la plupart des gens ne connaissent ni le visage ni les faits d’armes. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant, il est l’un des acteurs les plus importants du monde musical de ces 20 dernières années. Un homme au talent incontestable, à la culture immense et dont le nombre de casquettes donne presque le vertige. Propriétaire et co-fondateur de la prestigieuse maison XL Recordings – le plus indépendant des labels mainstream, ou l’inverse diront certains – comprenant entre autres des artistes tels que Jack White, Radiohead, The Prodigy, M.I.A, The XX, King Krule, mais aussi Adèle ou encore Frank Ocean, il est par ailleurs un DJ reconnu et un producteur émérite (on lui doit les derniers albums solo de Gil Scott-Heron, Bobby Womack ou encore Damon Albarn). C’est donc peu dire que l’homme en connaît un bout sur l’industrie musicale, sa richesse et ses contraintes.

Il y a quelques années, Russell connut malheureusement de graves soucis de santé, touché par ce qu’on appelle le syndrome de Guillain-Barré, une maladie auto-immune rare qui s’attaque au système nerveux et qui entraîna chez lui une paralysie quasi totale. C’était sans compter son désir et son besoin vital de retrouver ses activités et d’assouvir encore bien des projets qu’il avait en tête. Lors de son hospitalisation, il reçut un cadeau inattendu de la part du leader de Portishead Geoff Barrow : un mini piano de poche. Ce fut pour Russell le meilleur instrument de sa rééducation, composer dessus ayant été, selon ses médecins, le meilleur moyen pour lui de restaurer ses impulsions entre ses doigts et son cerveau. De cette expérience, Russell n’en tira que du positif et surtout une soif inconditionnelle de jouer, de créer, et de s’entourer. A son initiative, Everything Is Recorded est le projet collaboratif qui découle de tout ça.

C’est dans son studio londonien (The Copper House) situé à Notting Hill, à deux pas des bureaux d’XL Records, que Russell organisa durant des mois de longues sessions de jam en compagnie de nombreux invités issus de générations diverses (Ibeyi/Peter Gabriel) et de styles parfois radicalement opposés (Kamasi Washington/Warren Ellis). Le résultat ? Une magnifique compilation d’esquisses musicales sensibles où se mêlent à merveille jazz, modern soul, hip-hop et R’n’B. Un véritable puzzle dans lequel Russell a su rassembler avec brio et finesse les pièces du passé et celles du présent, comme pour mieux représenter son idée du futur. Le disque démarre sur un instrumental rempli d’échantillons sonores venus d’époques différentes, mais avec ce discours : ‘Il y a des moments dans nos vies où nous nous sentons complètement seuls. Nous avons l’impression que personne ne sait ce que nous traversons. Mais il est possible d’être seul et de ne pas vivre seul. De se sentir seul mais de ne pas travailler seul‘. Russell et ses invités cherchent à démontrer ici que la solitude peut bien souvent se nourrir et coexister avec les autres.

Ainsi on explore le disque – et ses nombreuses rencontres musicales parfois réelles, parfois fictives – à la manière d’un parcours de vie, d’un récit ou même d’une véritable masterclass, comme si on y assistait. Ici, la voix du britannique Sampha côtoie de sublimes sommets, accompagnée soit par un sample très bien trouvé de Curtis Mayfield sur le titre Close But Not Quite, soit par un featuring évident avec la chanteuse Syd sur Show Love. Le rappeur Giggs, lui, assène son flow sur le très efficace Wet Looking Road inspiré par un sample de Keith Hudson. Quant aux franco-cubaines d’Ibeyi, elles reprennent Cane, un titre de Gil Scott Heron, et retrouvent plus tard Kamasi Washington et le reste de la bande sur le génial Mountain Of Gold. Le disque atteint de véritables moments de grâce, notamment sur la conclusion éponyme qui s’accompagne d’arrangements signés Owen Pallett, connu notamment pour son travail avec Arcade Fire.

En initiant ce projet, et en dehors de son aspect principalement musical, Richard Russell souhait avant tout donner vie à un lieu de partage et d’expérience humaine, la meilleure manière selon lui de faire honneur à cet endroit qui lui est cher et où il se sent le mieux : son studio d’enregistrement. Ce lieu où l’inconnu et le processus d’improvisation sont pour lui les maîtres mots. Avide d’expérimentations, il démontre avec Everything Is Recorded ce dont il a toujours été convaincu : on peut être à la fois dans la recherche musicale et toucher par ailleurs potentiellement un large public. On espère tout simplement que cet album ne soit que le premier chapitre d’une longue aventure musicale aussi contemporaine que remplie d’hommages.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Close But Not Quite, She Said, Wet Looking Road, Mountains Of Gold, Show Love, Everything Is Recorded


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