Etienne Brunet – « Love Try »

Love Try[Album]
19/03/2007
(Saravah/Openzic)

En plus d’être un complet extra-terrestre dans le paysage musical français, le label Saravah, fondé en 1966, fait aussi aujourd’hui figure de survivant en cette période trouble pour le disque. Car s’il n’est certes plus aussi prolifique et défricheur que dans les 70’s (cf. les débuts pour le moins libertaires de Brigitte Fontaine, Pierre Akendengue, Jacques Higelin…), le label de Pierre Barouh n’en continue pas moins –bon gré mal gré- d’agrémenter son catalogue d’opus souvent exigeants et à la croisée d’une chanson avant-gardiste, d’un jazz différent et des musiques exotiques (Brésil, Afrique, Antilles)

Ces « rois du slow-bizz », comme ils se surnomment eux-mêmes, aujourd’hui installés à Nantes, sortent « Love Try », le nouvel album du jazzman français Etienne Brunet. Ce saxophoniste expérimentateur a eu le temps de s’essayer, en groupe ou en solo, à de multiples pratiques au cours de sa carrière qui a démarré à la fin des 70’s. Les amateurs éclairés de musiques traditionnelles (indienne, balkanique, mandingue…), de free jazz, de pop, ou d’electro l’auront déjà vu remuer des anches partout où les frontières entre les genres se brisent..

Pour son cinquième album sur Saravah, ce souffleur iconoclaste (sax mais aussi cornemuse) ne change pas une équipe qui gagne et rappelle les fidèles Thierry Negro à la basse (l’homme a aussi longtemps accompagné Jalal de The Last Poets sur scène…) et Eric « Funka » Borelva à la batterie (qui participa à l’aventure Trash Corporation avec l’avant-garde du jazz français: Julien Lourau, Noël Akchoté, Bojan Z, Dom Farkas…). Ces deux-là ont aussi fricoté avec des personnalités très différentes comme le Dj Unkl’Benz (de Sayag Jazz Machine) ou la légende vivante Archie Shepp… Bref, tout ça pour dire qu’il ne fallait pas trop s’attendre à du jazz à papa

Et ce « Love Try » s’adresse effectivement davantage à un public nourri aux influences funky et electro qu’aux talibans du jazz académique. Le trio y rend pourtant hommage à ses mentors (Albert Ayler, John Coltrane et Thélonius Monk) mais leur musique est définitivement tournée vers l’avenir. Ecoutez les rythmiques nerveuses de « Suns Of Paris », « My Favourite Father » ou « Data Sûtra » qui plairont forcément aux fans des premiers Amon Tobin. Le sexy « Blue Pulp » rappelle, lui, le groove de Sweet Back, autre trio de luxe dont on attend désespérément un second album. Un morceau comme « Kiss And Fly » aurait même tout à fait pu se retrouver sur un album de Squarepusher et Cie. C’est que Brunet et ses acolytes n’hésitent jamais une seconde à triturer leurs instruments au travers de filtres en tout genre, créant ainsi un son très actuel que les producteurs d’electronica ne renieraient pas

Qualifier cet album d’electro-jazz serait toutefois lui manquer de respect. « Love Try » est juste une preuve supplémentaire que le jazz est bien toujours vivant, qu’il a encore des choses à dire et qu’il est contradictoire qu’il soit aujourd’hui l’apanage d’une soi-disant élite socioéconomique conservatrice… Il ne tient qu’à nous de revenir dans la partie. Et Etienne Brunet nous ouvre grand la porte… The shape of jazz to come!!

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