Eric Legnini – « Big Boogaloo »

Big Boogaloo[Album]
25/01/2007
(Label Bleu/Harmonia Mundi)

Si les producteurs hip hop et electro se tournent de plus en plus nombreux vers le jazz, il faut avoir l’honnêteté de souligner que certains jazzmen tentent eux aussi de dresser des passerelles vers les autres musiques

A l’instar d’Eric Truffaz ou d’Etienne Brunet, le Belge Eric Legnini ne veut pas se restreindre au seul cercle jazzeux, parfois un peu trop nombriliste. Depuis qu’il a découvert Public Enemy un beau jour de 1988 alors qu’il faisait ses études à New York, ce jeune pianiste a su que son coeur balancerait éternellement entre les deux musiques, et qu’il ne fallait s’interdire aucune rencontre. Depuis presque quinze ans, Legnini s’investit donc dans des projets artistiques très variés, de la chanson de Nougaro au slam de Souleymane Diamanka, en passant par la soul de Kayna Samet ou le jazz de Stefano Di Battista. Si son emploi du temps lui en avait laissé l’occasion, c’était même lui qui était censé mener les Jazz Bastards d’Oxmo Puccino..

Sorti sur l’exigeant Label Bleu (So Called, Piers Faccini, Fred Poulet, Bojan Z…), qu’on pourrait presque comparer au Saravah des 70’s pour l’esprit défricheur, ce second album sous son seul nom rend hommage aux rythmes qui ont toujours alimenté le jeu de Legnini, à savoir la soul, le latin jazz et le hip hop. Ce fils spirituel de Horace Silver démarre donc les hostilités de « Big Boogaloo » avec un excellent « Funky Dilla », hommage posthume à Jay Dee qui, à défaut de sonner comme le défunt le plus célèbre de Detroit, lui tient la dragée haute en terme de groove

C’est d’ailleurs quand Legnini vise les jambes des danseurs qu’il est le plus pertinent. Des morceaux comme le « Big Boogaloo » éponyme, « Soul Brother » ou « Mojito Forever » pourraient bien séduire les nostalgiques des débuts de US3. Il faut dire que le pianiste a su s’entourer: Franck Agulhon (déjà croisé avec Magik Malik, Archie Shepp…) ne laisse rien passer à la batterie, tandis que Mathias Allamane (Stéphane Belmondo, Julien Loureau…) et Rosario Bonaccorso (Elvin Jones, Pat Metheny…) se partagent une contrebasse tantôt ronde, tantôt sautillante. Legnini invite aussi deux de ses vieux compères, têtes de liste de la crème jazzistique hexagonale, Stéphane Belmondo (trompette/buggle) et Julien Loureau (sax tenor), sur cinq titres, dont le fameux « Big Boogaloo » en commun. Les fans de soul funky et d’acid jazz seront donc bien inspirés de jeter une oreille à cet album

Mais Legnini n’oublie pas que la musique peut aussi se faire sensuelle comme le prouvent ses reprises du « Where Is The Love » de Donny Hathaway ou encore du standard « Smoke Gets In Your Eyes » emprunt d’une mélancolie que Bill Evans n’aurait pas reniée

On sera peut-être moins réceptif aux plages plus traditionnelles (« Nightfall », « Goin’ Out Of My Head »…), mais Eric Legnini peut quand même se targuer, à l’image d’un Matthew Shipp plus funky, d’avoir posé un pavé de plus sur la route qui mènera le jazz vers un autre public…

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