EMC – « The Show »

The Show[Album]
25/03/2008
(M3 Records/Import)

Le rap est aujourd’hui un pur produit de l’entertainment, surtout de l’autre côté de l’Atlantique, avec ses stars, ses rivalités, ses multiples courants, ses ragots à 5 centimes. Et comme tout objet de marketing, les modes qui s’y créées se suivent et demeurent bien éphémères. Si certaines apportent réellement leur pierre à l’édifice, d’autres sombrent dans un oubli définitif. Alors quand un vétéran de la trempe de Masta Ace décide de revenir sur le devant de la scène avec un album de pur hip hop, on se fige, la truffe au vent, attendant avec excitation ses premières effluves. Afin d’atteindre son objectif, le Mc de Brooklyn s’entoure d’un de ses protégés (Strick, originaire de Milwaukee) et de deux lyricists reconnus (Punchline et Wordsworth) pour former le groupe EMC. Deux singles étaient d’ailleurs déjà nés de cette formation, dont le fameux « What It Stand For » produit par Nicolay

Avant même de commencer l’écoute de cet album, la liste des producteurs présents donne des frissons. Difficile de ne pas être gagné par l’impatience quand on nous annonce Marco Polo, Quincy Jones, Dj Premier, Ayatollah, Koolade, Frequency et Nicolay dans les rangs. Et afin de donner plus de solidité au projet, le tout est porté par un concept fort: suivre l’itinéraire d’un groupe, en l’occurrence EMC, à travers une tournée. On vous parlait récemment de l’importance du storytelling dans le rap contemporain, en voici une preuve supplémentaire. Pour donner le maximum de réalisme, beaucoup d’interludes, souvent pleines d’humour, agrémentent le discours très juste, très réaliste des quatre rappeurs. Chaque titre se construit comme une scène très précise de la vie quotidienne d’un artiste en représentation. Que se soient les interviews, les problèmes de timing, l’organisation, la nourriture ou les conditions d’hébergement, rien n’est oublié. Mais ce ne sont que quelques exemples, tant les idées fusent, nourrissant de façon gargantuesque notre imaginaire

Restait à savoir si, musicalement, le challenge pouvait être relevé avec la même maestria. Là encore, les versions sont suffisamment hétéroclites, renforçant cette impression de visualiser un documentaire. Parfois, un style classique prédomine même si EMC possède assez de talent pour varier les ambiances sans dénaturer le propos (« Traffic » avec les Little Brother en invités, « Grudge », « Once More », le magnifique « U Let Me Grow » où les Mcs rendent hommage à leurs mères). Pourtant, ici ou là, peuvent pointer quelques touches électro (« Git Some » feat Sean Price), plus mainstream (« Borrow U » feat Strickie Love) ou soulful (« Don’t Give Up On Us » feat ADI, « We Alright »), au sein desquelles on retrouve cette même énergie, cette même aisance technique. Pour s’en convaincre définitivement, il suffit de tendre l’oreille sur « EMC-What It Stand For » ou, à tour de rôle, ils inventent une signification au sigle EMC: un régal pour les puristes old school

D’ores et déjà, cet album est un des évènements chez nos amis américains. Salué par le milieu hip hop comme par les critiques, il a même reçu quelques récompenses distribuées par les radios ou magazines U.S. Simple effet de mode, ou véritable retour aux sources d’un hip hop moins superficiel? Si on préfèrera parler d’un glorieux aîné plutôt que d’un vétéran, Masta Ace a parcouru un chemin unique depuis ses débuts avec le Juice Crew. Il demeure une des figures emblématiques de Brooklyn, pour ne pas dire une légende vivante

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