Elzhi – « The Preface »

The Preface[Album]
29/07/2008
(Fat Beats/Import)

Ville au passé prestigieux, Detroit a eu du mal à rebondir après le départ de Berry Gordy et de son label emblématique Motown pour Los Angeles au cours des années 70. Lamond Dozier a bien tenté de reprendre le flambeau avec ses labels Hot Wax et Invictus, et malgré la fidèlité d’Aretha Franklin et l’émergence d’Anita Baker, il a fallu attendre Eminem pour redorer le blason de la Motor City. Bien sûr la vie artistique ne s’y est jamais arrêtée, mais la nouvelle organisation du show-business entre New-York et Los Angeles l’a trop longtemps relégué au second plan. Désormais, un vent nouveau semble souffler sur une des villes les moins appréciées outre–Atlantique. Malgré la mort de Jay-Dee qui avait réussi à mettre la scène locale sur de bons rails, une émulation se fait ressentir et Elzhi (qui remplace d’ailleurs J-Dilla au sein de Slum Village en 2002), fait partie de ces nouveaux talents prêts à assurer la continuité de cette renaissance. Quittant pour un nouvel album solo ses compères T3 et Baatin, il s’associe avec Black Milk pour ce « The Preface », invitant au passage la crème des Mcs de Détroit

Si on a tendance à faire quelquefois la fine bouche devant le manque de constance de Black Milk à la production, il fait cette fois définitivement son entrée dans le cercle des producteurs les plus talentueux du moment. A titre de comparaison, le travail qu’il effectue ici (il produit l’album dans sa totalité) est comparable à ce que Kanye West a réalisé pour le « Be » de Common. Il a su s’adapter à l’univers d’Elzhi, le sublimant et jouant parfaitement le jeu d’une des plus fines plumes du rap US. « Leak » qui ouvre le bal est parfait de simplicité, laissant entrevoir une émotion qui sera présente tout au long de cet opus. Black Milk nous sert tout simplement ce que les plus exigeants attendaient de lui: des beats parfaitement construits, une musicalité originale bien que classique, et quelques brûlots qui se hissent déjà au rang de classiques. « Guessing Game », « Fire Remix » (feat Black Milk, Guilty Simpson, Fat Father, Danny Brown, Fat Ray) s’inscrivent clairement comme des titres incontournables. Et quand Elzhi décide d’apprendre les couleurs à des enfants, il concocte un « Colors » magnifique, ou la technicité du rappeur peut prendre toute son ampleur. Laissant libre court à son inspiration, « Talking In My Sleep » risque de chambouler les coeurs les plus sensibles, comme « Motown 25″ (feat Royce Da 5’9 »), « D.E.M.O.N.S » ou « Yeah » (feat Phat Kat) raviront las amateurs d’un hip hop plus « massif ». Les titres s’enchaînent et une évidence apparaît: on tient véritablement une des plus belles réussites de l’année 2008. Rejoint par T3 sur « Save Ya », Fes Roc pour « The Science » ou A.B. sur « Growing Up », on demeure sous le charme d’une symbiose parfaite entre un Mc et un producteur au sommet de leur art

Pendant que certains finissent de se prélasser en bord de mer, Elzhi et Black Milk n’ont pas pris de vacances, et réservent une bonne surprise à tous les amateurs de hip hop qui se jetteront sûrement sur ce « The Preface » dés leur retour. Detroit brille à nouveau et reprend une place parmi les villes leaders d’un hip hop généreux et fidèle à ses origines. Une consécration méritée pour ces deux artistes plus que talentueux. Plus qu’une réussite, un coup de génie

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