El Michels Affair – ‘Return to the 37th Chamber’

El Michels Affair – ‘Return to the 37th Chamber’

Album / Big Crown / 14.04.2017
Soul funk hip hop

A l’instar de RZA, membre historique et pivot du Wu Tang Clan, Leon Michels fait partie de ces musiciens centripètes qui attirent vers eux toute une ribambelle d’artistes de qualité, sans jamais compromettre leur vision. Sur ce nouvel opus consacré à l’univers étendu du collectif new-yorkais, ce sont Lee Fields, Lady Wray et le duo The Shacks qui viennent enrichir les reprises exigeantes de ce collaborateur occasionnel d’Aloe Blacc, Dan Auerbach, Dr John ou Adele. Avec ce ‘Return To The 37th Chamber’, les protagonistes de l’affaire Michel consacrent le genre musical qui les a précédés, et qu’ils ont eu le bon goût de baptiser Cinematic Soul. Si le premier volet, en sa qualité d’album-concept, pouvait faire penser à un pastiche particulièrement délicat et inventif des tubes du Wu Tang, la récidive invite à s’interroger sur les enseignements que prodigue ici le sensei de la soul old-school.

Tout comme le film ayant donné son nom au premier album du ‘meilleur groupe de rap n’ayant jamais existé’ – dixit Kris Ex, sommité du journalisme hip-hop – ce nouveau disque d’El Michels Affair est avant tout un récit de retours. Retour aux sources d’abord, car c’est la marque de fabrique de Big Crown Records, label fondé par Leon Michel et moteur de la résurgence de cette soul analogique si naturellement narrative, dont le hip-hop a su faire son miel en braconnant abondamment les hits Motown. C’est notamment le cas de ‘You’re All I Need To Get By’ de Marvin Gaye et Tami Terell, revu et corrigé par Method Man et Mary J. Blidge avant de terminer ici entre les mains d’El Michels Affair en compagnie de Lady Wray.
Retour en grâce également d’une manière de travailler le son, en restant fidèle à une esthétique bien circonscrite qui soumet parfois le mouvement retro – incarné depuis quelques années par le label Daptone – à des critiques mettant en avant une certaine absence de renouvellement. Décidément, l’analogie avec le Wu Tang n’est jamais loin… Pourtant, si l’on prête une oreille attentive, chaque morceau – dans ses arrangements comme dans son enregistrement – possède sa propre originalité, et ne se contente pas de faire recette d’une formule éprouvée, même quand celle-ci a su convaincre jusqu’à Jay-Z qui a samplé le Menhahan Street Band, autre formation de Leon Michel.

Sur ce nouveau disque, le son est plus moderne, plus percutant, et le groupe sonne de moins en moins comme un faussaire facétieux essayant à chaque instant de nous faire croire qu’on a entre les mains l’unique tirage de l’oeuvre rescapée d’un énigmatique groupe instrumental des années soixante. La référence, toujours omniprésente, se fait plus implicite et plus variée, comme avec les trois interludes ‘Pork Chop Express’, ‘Drums For Sale’ et ‘Sipped Up’ qui donnent envie de mener l’enquête pour retrouver leur provenance (on conseillera à ceux qui veulent s’y frotter de louer en cassette l’intégralité des films de kung-fu hongkongais des années 1980). ‘Ain’t Nuthin Ta F’ Wit’ lorgne lui dangereusement du côté de l’électro avec une basse hypnotique et même quelques arpeggiators. Les voix, ce qui n’est pas pour nous déplaire, font également leur apparition sur cet album, contribuant encore à le distancier de son prédécesseur, comme dans ‘Tearz’ où la voix de rogomme de Lee Fields contraste avantageusement avec les choeurs éthérés de The Shacks. Paradoxalement, cet album, s’il s’éloigne davantage du Wu Tang, sonne dans sa démarche d’autant plus hip-hop qu’il puise comme celui-ci dans toutes les sources à sa portée. C’est sans doute sa rigueur martiale qui, tel un moine shaolin, a permis à Leon Michels d’atteindre l’équilibre entre une proposition créative et une entreprise référentielle. Cette ode à l’hommagination mérite donc qu’on l’écoute encore et encore pour en saisir toutes les nuances. Suffisamment érudit pour titiller les spécialistes, et assez graphique pour faire rêver les béotiens, ‘Return to the 37th Chamber’, par le métissage de ses influences, invoque l’éternel retour d’une soul immortelle.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE

‘Iron Man’, ‘Tearz’, ‘Ain’t Nuthin Ta F’Wit’, ‘All I Need’

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