edIT – « Certified Air Raid Material »

Certified Air Raid Material[Album]
18/09/2007
(Alpha Pup/Import)

Ils ne sont pas légions les disques qui réussissent l’exploit de rassembler aussi bien les mélomanes pantouflards que les clubbers invétérés, de séduire aussi bien les amateurs d’avant-garde que les néophytes en matière de hip hop et d’electro. Le Californien edIT vient toutefois d’en ajouter un nouveau sur la pile..

Les beats d’Edward Ma, auparavant connu sous le nom de The Con Artist, avaient déjà convaincu les meilleurs MC’s du nouveau continent (Sole, Busdriver, Aloe Blacc…) avant de rejoindre en 2004 le prestigieux catalogue de Planet Mu (µ-ziq, Luke Vibert, dDamage…) sous la forme d’un premier album sous le nom d’edIT

Ce second opus aurait encore pu sans problème figurer sur le roster du label anglais. Il y aurait peut-être même eu davantage sa place étant donné que la musique de l’Américain s’est sensiblement endurcie au cours de ces dernières années, finissant presque par sonner comme un Venetian Snares ou un Squarepusher qui se seraient mis au hip hop. « Certified Air Raid Material » sort néanmoins sur le label de son pote Daddy Kev, l’excellent –mais moins médiatisé- AlphaPup (Subtitle, Omid…). Il vous faudra donc peut-être un peu plus de persévérance pour dénicher ce disque dans les bacs, mais le jeu en vaut très honnêtement la chandelle..

Ce second effort annonce la couleur d’entrée avec une courte intro des plus explicites (« I Slay Crowds » = Je massacre les foules). Et effectivement les morceaux qui suivent ne laissent que peu d’espoir de s’en sortir vivant. « Battling Go-Go Yubari In Downtown L.A » et « Artsy Remix » (feat. un The Grouch en très grande forme) sont deux énormes bombes qui prennent les danseurs à contre-pied sans jamais pourtant leur laisser la possibilité de quitter la piste. Ou comment faire danser sans tomber dans la facilité d’un boom boom boom de base. edIT mélange en effet hip hop et IDM comme si tout le monde avait toujours fait ça (les amateurs d’étiquettes improbables seront ravis d’apprendre qu’on appelle ça du « glitch-hop » dans les milieux autorisés), triturant ses beats comme un damné, élaborant des rythmiques complexes mais abordables, ne perdant jamais le groove de vue. Un détail qui a son importance si vous voulez embarquer les gens dans des directions qu’ils n’auraient jamais prises de leur plein gré

Le titre éponyme calme un peu les esprits avant de repartir de plus belle avec un nouveau tube en puissance: « Night Shift » (feat. Abstract Rude au micro) vous fera remuer des hanches sur ce sample de trompette jazzy qui essaie de garder la tête hors de l’eau au milieu d’un déluge de beats saturés. « Straight Heat » vous entraînera ensuite dans un tourbillon de violons synthétiques et de basses sinusoïdales qui inquiéteraient sérieusement M. Richter et son échelle. On ne sait pas trop si le « The Sirens » qui suit renvoie à l’embuscade des créatures marines ou au signal d’alarme mais on peut parier sans crainte sur l’issue fatale de l’aventure

On retrouve à nouveau la Légende Vivante The Grouch au micro sur un « Back Up Off The Floor Part.2 » plus posé (et au vocodeur un peu énervant à la longue, avouons-le), rapidement occulté par l’excellent « Fire Riddim » totalement imprévisible et donc d’autant plus dangereux. Comme le laisse entendre son titre, « If You Crump Stand Up » risque de désarticuler votre corps d’une manière dont vous ne l’auriez jamais cru capable, par conséquent pas de panique! On termine sur le morceau qui avait le plus circulé avant la sortie de cet album. « Crunk De Gaulle » fait forcément sensation avec sa boucle de guitare sèche et son casting tape-à-l’oeil. Il serait entre parenthèses intéressant de savoir comment réagit un auditeur non-francophone aux couplets des TTC, car quiconque est en mesure de comprendre la platitude de leurs interventions est obligé de se demander comment le trio peut encore faire illusion, même sur la scène internationale. Heureusement, la verve de Busdriver et la dextérité de D-Styles aux platines remontent facilement le niveau de ce morceau, quand même sacrément bien gaulé, si on peut se permettre un mauvais jeu de mot

Avec un impressionnant sens du groove, edIT vient donc défier Daedelus ou Prefuse 73 directement sur leurs terres, avec en plus toutes les chances de sortir vainqueur de la confrontation. Assurément un autre prétendant au palmarès 2007

NB: Pour l’instant, l’album n’est dispo qu’en téléchargement légal. Une sortie physique est prévue en CD pour le 9 Octobre, et j’ai cru comprendre –sauf contre-ordre- que les amateurs de vinyls seraient récompensés de leur patience un peu plus tard dans le mois..

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