Earth – « Angels Of Darkness, Demons Of Light II »

earth180Album
(Southern Lord)
14/02/2012
Drone/doom/minimalist

Pionnier de la musique dite « drone », teintée de « doom », et maintenant de sonorités rock et folk, Earth ne s’assoit pas sur ses acquis. Leader et seul membre d’origine du groupe, Dylan Carlson,  guitariste de formation, continue d’amener sa petite armée vers des contrées plus lointaines. C’est reparti pour un tour: enregistré en même temps que son prédécesseur et en quinze jours seulement, « Angels Of Darkness, Demons Of Light II » sort quasiment un an jour pour jour après le premier volet, similaire par le nom à un chiffre près.

Au premier abord, ce qui marque immédiatement en parcourant les cinq titres de cet album d’une longueur plutôt conséquente, c’est cette impression de lenteur, d’obsession et de monotonie. Mais attention à ne pas être trop réducteur, car si on peut se laisser emporter dans une douce léthargie, il y a toujours un aspect assez insaisissable qui force l’écoute, captivant l’ouïe d’une façon belle et bien dirigée. Pas de répétitions schématiques paresseuses ou de continuité non-réfléchie, Earth ne grossit pas les traits, ne remplit pas impunément. Au contraire, il épure.

L’instrumentation n’en fait pas les frais et reste dans une dynamique et une progression diaboliquement puissante et subtile. La guitare traine, la batterie se fait discrète et les premières notes du violoncelle de Lori Goldston apparaissent dès « Sigil Of Brass », introduction amenant cette atmosphère si particulière que le groupe tiendra sur la totalité de l’album. Via un jeu un peu plus sec mais plus affirmé, quelques dissonances, et une confirmation de l’idée géniale d’intégrer un violoncelle, on traverse « His Teeth Did Brightly Shine » avec naturel, telle une suite logique, tout en ayant un véritable sentiment de libération.

La ressemblance dans les morceaux pourrait dès lors être déroutante mais Earth réussit à merveille ce tour de passe-passe que l’on pensait déjà acquis sur le premier volet: affiner en restant raffiné. Et ce n’est que le début car c’est précisément ici que se situe le talent très particulier de Carlson. Penser à l’ennui ou à la paresse serait alors une erreur, le morceau suivant (« Waltz (A Multiplicity Of Doors) ») prouve le contraire: violoncelle pleurnichard et rythmiques lancinantes s’enchevêtrent dans la base guitare/basse, portant le tout vers de nouveaux espaces au confins d’une folk profonde de grande envergure. Dans la même veine, le plus lent « The Corascene Dog », fascinant ping-pong mélodique à la touche jazzy, confirme l’éveil avant de glisser sur un « The Rakehell » hypnothique s’élevant encore et encore grâce à des sonorités à l’apogée de leur finesse.

Les 45 minutes sont alors closes et la conclusion est simple: on est séduit par cette épopée sensible et palpable, à la fois sombre et lumineuse. Du clair et de l’obscur à l’image du titre de l’album et de sa pochette, les anges d’un monde sombre côtoyant les démons d’une lumière bénite. Earth ne pouvait pas donner plus belle métaphore à sa musique.

En écoute

Disponible sur
itunes7

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