Earl Sweatshirt – ‘Some Rap Songs’

Earl Sweatshirt – ‘Some Rap Songs’

Album / Columbia / 30.11.2018
Hip hop


On pourrait croire, à la lecture du titre tristement bancal de ce nouveau Earl Sweatshirt (le troisième du nom), que le spectacle à venir s’apprête à entrer de plain-pied sur les terres du commun et de l’anecdotique. Et même si le gris et le noirâtre demeurent comme des dominantes constantes dans la tête du rappeur californien, le propos tenu ici renouvelle de nouveau l’esthétique si particulière de ce jeune surdoué, soucieux de tenir à peu près toutes les commandes de ses différents projets.

Moins plombant que son prédécesseur, Some Rap Songs en est un aux boucles étranges, transformées, parfois difformes, qui émergent sur des morceaux naissants et courts n’ayant pas eu le temps de grandir. En 15 titres et 25 minutes, l’album se construit comme un ensemble déconcertant au premier abord, finalement fascinant devant ce qu’il arrive à faire ressortir de ses carcasses et de ses rythmes recroquevillés. Si l’ouverture Shattered Dreams et plus tard Cold Summers respectent tous deux les fantômes qu’ils portent en eux, on observe un plaisir non feint à perturber et à trafiquer les voix, tout en instillant l’étrange comme le montrent les manipulations à l’oeuvre sur Nowhere2go, le premier single.

Outre ce désir de sonner autrement, l’album brille par sa douce mélancolie, une constante désormais établie pour Earl qui passe en revue des passages douloureux : problèmes d’addiction (‘Bad acid did damage to my mental’ rappe t-il sur December 24) et gouffre d’une dépression qui l’observe depuis un moment déjà, au cours d’une année qui aura été – selon ses dires – la plus dure de sa vie (son paternel décédé cette année, à qui il rend hommage sur Playing Possum en convoquant des samples de ses parents).

Et finalement, Some Rap Songs finit par épouser cet état d’esprit, oscillant entre une tête redressée par instants et de vraies rechutes qui plombent la recherche d’un peu plus de lumière. Convoquant J Dilla et Madlib dans sa quête, Earl Sweatshirt trace en définitive une route bien à lui, un véritable chemin de croix où sont parsemés petits morceaux et grands malheurs qui n’en finissent plus de faire grandir sa figure d’artiste majeur.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Shattered Dreams, Cold Summers, Nowhere2go, The Mint, Azucar, Veins, Playing Possum, Peanut


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