Dr John – « Locked Down »

dr180Album
(Nonesuch)
02/04/2012
Blues électrique

Certains métiers, pas tous bien entendu, s’exercent par passion. Au hasard: journalistes, libraires, flics (bon, la on déconne!), médecins et musiciens font partie de cette longue liste. Ca tombe bien me direz-vous, Dr John pratique parfaitement bien les derniers nommés.  A 71 ans, dont plus de quarante d’activisme, qui est vraiment ce soigneur fou?

Né en 1940 en Louisiane, Malcolm John Mac Rebennak (de son vrai nom) est un gamin du cru, un vieux sorcier du blues indiscutable et indiscuté. La légende prétend même que celui qui fait partie de ceux ayant l’âge d’avoir vu l’émergence du genre dans les champs de coton de la Nouvelle-Orléans, est capable d’écrire jusqu’à 25 chansons par jour. Ayant toujours éprouvé un amour fou pour la musique, ses dégradés de couleurs et de timbres mis en son par des pianos, des chœurs et des cuivres sondent comme rarement la vie dans cette ville que longe le Mississipi. Devenue mythique, son œuvre aurait de quoi donner de l’urticaire à une industrie musicale avare. De Rickie Lee Jones à Mick Jagger, en passant par Sonny & Cher et Phil Spector, ce vieux sage les a tous connu. Soyons certains qu’il aurait des tonnes d’histoires à nous raconter. C’est d’ailleurs ce qu’il fait depuis 1968, date à laquelle paru « Gris-Gris », premier album envoutant et électrique où il s’incarnait en père fondateur d’une autre idée de l’Amérique.

1968: plus une date de baptême qu’une date de naissance pour cet homme qui, à l’âge de 9 mois, faisait déjà ses premiers pas dans l’Entertainment en prêtant son visage à la marque Ivory Soap, spécialisée dans la lessive. Par-delà les costumes (de carnaval, de crooner ou de prêtre nostalgique) qu’il confectionne lui-même chaque soir sans réelle signification, sauf celle de garder un contact avec ses jeunes années, tous ses albums traduisent un sentiment de liberté et de révolte qui renvoie directement à la philosophie Beatniks. Grâce à cela, en 2012, l’âme du voodoo child vibre encore.

Pour son retour, Dr John a mis le paquet: rythmes africains, rites vaudou, blues cabossé, soli de guitares violemment hallucinants… Tout cela en restant fidèle à ce que l’on connaît de lui. La voix, très libre dans la structure, n’a pas changé. Bien sûr, les aléas de la vie lui ont apporté une once de nuance, la rendant à la fois plus frontale et plus sobre, mais elle refuse toujours toutes camisoles. Après un début de millénaire à bander mou sur des albums sans réelles saveurs, il a décidé ce coup-ci de faire un appel à un musicien capable à lui-seul de rendre le kiki tout dur à pas mal de monde: Dan Auerbach, guitariste et l’une des tête-pensantes des Black Keys.

Qui d’autre serait assez gonflé et talentueux pour se prêter au jeu? En parvenant à mixer tout ce que l’on peut adorer chez l’ami John, Dan Auerbach rend hommage à la Nouvelle-Orléans, celle des seventies et son blues funky et poisseux. Avec « Locked Down », on ne se soucie plus de savoir qui est in ou qui est out. Et pour ceux qui se disent que c’est vraiment trop la honte d’écouter la même musique que ses grands-parents, rassurez-vous bande d’incultes, Dr John n’a pas fini d’avoir 18 ans. Cette fois encore, le cocktail « grain de folie + rites vaudou + guitares triviales » se révèle euphorisant.

Dans sa jeunesse, Dr John faisait danser les hippies. Puis, dans les années 90, ce fut le tour des gars de Spiritualized, Supergrass, Portishead et Primal Scream, imbibés eux-aussi de ses incantations à tiroirs multiples. Sur sa dernière œuvre, Kingdom Of Izzness et Ice Age démontrent que ce son, celui qui le caractérise, ce n’est pas le soupir d’une voix qui s’éteint mais le cri d’un mal qui enfle. Tout ce conclut par un merveilleux « God’s Sure Good » à l’influence gospel qui démontre que Dr John n’a pas dit son dernier mot. En quelques sortes, « Locked Down » pourrait même être ses premiers.

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