Dj Shadow – « The Outsider »

The Outsider[Album]
18/09/2006
(AZ/Universal)

On attendait ça comme le Saint Graal. Dix ans après avoir marqué d’une empreinte indélébile le monde de la musique avec son premier album « Endtroducing », Josh Davis a.k.a Dj Shadow redonne enfin de ses nouvelles, après quatre années de (plus ou moins) silence, avec un troisième album officiel dans son bac à vinyls. L’homme a toujours pris son temps, on le savait, mais le résultat récompensait généralement notre patience. Autant briser le suspense tout de suite, ce n’est plus vraiment le cas avec « The Outsider »

Tout commence par une introduction assez basique dans laquelle une voix qui se voudrait angoissante nous narre l’histoire de « The Outsider »… Mouais. Dans le genre, on n’est encore loin de la flipante intro du « Liquid Swords » de Genius GZA (« It was a baaad time for the Empire… »)… Bref. On nous prévient que ça ne va pas rigoler, qu’on va avoir du dark au kilo, etc

On est donc légèrement décontenancé d’enchaîner sur une perle soul à l’ancienne, avec l’excellent « This Time (I’m Gonna Try It My Way) » (un avertissement?). Le Dj le plus célèbre de la Bay Area nous la joue ici Curtis Mayfield, et le moins qu’on puisse dire est qu’il crée l’illusion sans problème. On jurerait le morceau tiré d’une vieille BO de la Blaxpoitation… Sans conteste le meilleur titre de l’album

C’est après que les choses se gâtent. Des rumeurs couraient déjà sur le Net comme quoi Shadow s’était mis à surfer sur la vague hyphy (pour ceux qui pensent que j’ai dû faire une faute de frappe, le hyphy est grosso modo la réponse de la Bay Area au crunk sudiste, et se retrouve donc être, par conséquent, un cousin plus au moins éloigné du grime anglais et de la booty bass de Miami. Rien de bien grave, donc, vous pouvez reprendre une activité normale!). Une litanie de MC’s parmi les plus renommés de la discipline (E-40, Keak Da Sneak & Turf Talk, The Federation & Animaniaks, Nump, David Banner…) se succède ainsi sur la première moitié de l’album (et un peu sur la fin) pour poser leur flow nasillard et interchangeable sur des beats digitaux dénués de toute inventivité. Tant qu’à écouter des choses dans ce domaine-là, on ne saurait trop vous conseiller de passer par les cases Puppetmastaz ou Dizzee Rascal, autrement plus efficaces et personnelles

Après un court interlude bluesy (« Broken Levee Blues ») en milieu de parcours, le disque prend subitement une toute autre direction, alignant les morceaux sans réelle cohérence, rappelant plus une compilation de b-sides qu’un vrai long format réfléchi en tant que tel

Le punk-rock digital pas bien dangereux (« Artifact ») côtoie ainsi le très long blues-rap de « Backstage Girl (feat. Phonte Coleman) », lequel n’est pas sans rappeler l’intervention de Jon Spencer et Mike Ladd sur le dernier Coldcut. En moins percutant… « Triplicate / Something Happened That Day » est un joli instrumental qui fait le lien vers une série de quatre titres electro-pop qu’on imagine inspirés de la superbe collaboration entre Thom Yorke (Radiohead) et Shadow sur le « Psyence Fiction » de U.N.K.L.E en 1999. Malheureusement, les chanteurs Sergio Pizzorno & Christopher Karloff (Kazabian), Chris James ou Christina Carter n’ont ni la voix ni le talent du chanteur de Radiohead, et le rendu fait plus sûrement penser à du Coldplay légèrement remixé qu’au très bon « The Eraser » récemment délivré par Thom Yorke

Même l’incursion plus classiquement hip hop de la fin (« Enuff ») n’est pas renversante. Et la verve de killers comme Q-Tip et Lateef The Truth Speaker ne changera malheureusement rien à l’affaire. On réécoutera plutôt les brûlots sortis jadis sur Quannum..

Comprenons-nous bien, on ne reproche pas un instant à Shadow d’avoir voulu bifurqué (il se serait de toute façon fait taper sur les doigts s’il avait tenté de refaire un « Endtroducing »…). Nous sommes au contraire les premiers à applaudir des deux mains les virages artistiques quand ils sont maîtrisés (cf. Radiohead, Why?, Zenzile, Fink, Four Tet, Katerine, Saul Williams…). On sait aussi qu’il faut appréhender ce « The Outsider » sans forcément vouloir le comparer à ses productions précédentes. Mais on a quand même du mal à comprendre comment l’homme qui a signé il y a dix ans un chef d’oeuvre toujours inégalé peut bien aujourd’hui sortir un disque déjà maintes fois entendu –et en bien meilleur- depuis deux ou trois ans. On a beau retrouver de ci de là les beats si personnels du Maître, il faudra néanmoins une sacrée dose d’auto-persuasion pour défendre ce nouvel effort. On ne prendrait qui plus est pas autant de pincettes avec un quelconque autre artiste…. Enooorme déception. La suite, vite !

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