Dj Krush – « OuMuPo 6 »

OuMuPo 6[Album]
22/01/2007
(Ici d’Ailleurs/Rue Stendhal)

Depuis 2004, le label Ici d’Ailleurs a lancé une série d’albums concept très arbitrés, et de ce fait toujours très intéressants puisqu’ils dévoilent une partie du travail de l’artiste mis à l’honneur. Third Eye Foundation, Rob Swift, Rubin Steiner, Kid Loco, et Dj Hide sont de ceux qui ont permis à « OuMuPo » de s’imposer parmi les références pointues de l’électronique. Cette fois, c’en est un autre qui s’y colle, et non des moindres. Dj Krush, génie des platines avec déjà huit albums au compteur, a accepté, pour une fois, de contraindre sa grande liberté artistique. Car qui se colle à la série, ne fait pas ce qu’il veut. Parmi les règles principales, le réservoir musical doit être pioché dans le catalogue du label Ici d’Ailleurs et de sa division électronique 0101, la durée totale doit être égale à 42 minutes, l’album doit pouvoir s’écouter en boucle (la fin doit donc s’enchaîner avec le début en mode repeat), l’utilisation de deux titres d’une même référence est interdite, l’artiste doit utiliser les oeuvres de plus de cinq artistes du label et s’imposer sa propre contrainte en la rendant publique. Pas une mince affaire, à laquelle peu de Dj/producteurs peuvent finalement se confronter

Pour ce sixième volet, Krush s’est même compliqué la tâche en s’imposant une poignée de contraintes personnelles, dont celles de faire office de batteur complétant le mix, ou de raconter une histoire au fil des titres. Pour le coup, il n’utilise que des parties instrumentales en introduisant progressivement ses propres rythmiques, celles qu’on lui connaît, au point qu’on finit par aborder ce disque comme une nouvelle oeuvre proprement dite, sans règle ni contrainte. Ce qui n’est évidemment pas le cas: le Japonais a beau jouir d’une renommée internationale, Ici d’Ailleurs, désireux de l’opposer à quelques difficultés, n’allait pas non plus lui faire de cadeau. Il a donc pioché là ou il le fallait pour en ressortir, entre autres, les sonorités de Bastard, Thomas Belhom, The Married Monk, ou Narcophony

C’est donc sans surprise qu’on baigne dans un electro hip hop aux beats ramenés au premier plan. Ceux-là montent systématiquement en intensité, parfois même au dépend des trames de fond aux couleurs parfois logiquement orientales (« 01 (Violatus) »), et souvent très sombres (« Leo »). Mais les mélanges restent toujours convaincants. Comme lorsque Krush emprunte le son de guitare ou des percussions de Thomas Belhom avant d’y mettre son grain de sel (« Who’s Big », « Web’s Voodoo »), ou qu’il parvient à occulter la musique de The Married Monk (« Love Commander ») et la noise de Bastard en y piochant que quelques fines sonorités profitant à son oeuvre (« Locate Radiation », l’excellent « Travelgum »). Du coup, en osant finalement pas assez et comme trop préoccupé par une constante accessibilité, on le trouverait presque trop gentillet, envers ses sources d’abord, puis avec nous ensuite. Car ce n’est vraiment que lorsqu’il aborde le répertoire de Dominique Petigand que les choses se compliquent un peu, qu’il dévoile sa science du rythme, certes moins propice aux écoutes répétitives

Alors, si ce disque, sûrement à cause de la contrainte quand même, n’atteint pas le niveau des derniers albums de Dj Krush ou, du moins, sonne assez différemment, il n’en reste pas moins intéressant, le producteur nippon parvenant sans mal à y imposer sa propre personnalité. Ce sixième volume de l’OuMuPo (accompagné des illustrations de Killofer, conceptuelles elles aussi) s’adresse donc autant aux aventuriers de la musique, ceux affectionnant particulièrement les oeuvres à la démarche bien précise, qu’aux adeptes les plus férus du Japonais

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