Dizzee Rascal – « Maths + English »

Maths + English[Album]
04/06/2007
(XL/Naive)

Apparu en 2003 du haut de ses dix-huit ans seulement, Dizzee Rascal est un des phénomènes musicaux que l’Angleterre vante avec fierté. Il faut dire qu’il était impossible pour lui d’échapper à un tel destin. Pour preuve, les nombreux renvois d’école dont il a fait l’objet (après des altercations avec ses enseignants) et qui l’auront conduit à se plonger dans la musique, avec le soutien d’un prof qui lui mettra un ordinateur à disposition. Sa voie était alors toute tracée, Dylan Mills (de son vrai nom) ne s’étant pas vraiment fait attendre pour développer également son talent d’écriture, et prendre part un peu plus tard à la scène grime (ce savant mélange de dance et de hip hop), alors naissante en Angleterre

« Boy In Da Corner » sera donc son premier album, rapidement suivi du second « Showtime », de la création de son propre label Dirtee Stank voué au développement de jeunes talents, puis de son tout dernier album « Maths + English », creusant son propre sillon pour finalement être son plus cohérent et réussi

En effet, cette dernière livraison joue la diversité, balance quelques titres pointus et de qualité, tout comme d’autres tout aussi réussis mais beaucoup plus formatés pour les radios. C’est là qu’on voit toute la maturité gagnée par Dizzee Rascal, réussissant à ne pas trébucher là ou beaucoup d’autres usent de multiples concessions pour gagner en audience. Quand ceux-là placent leur plus gros tube en début d’album, Mills préfère un « World Outside » à la version minimale rythmée par des coups de sabres, soulignant un effort particulier sur ses textes. Encore, quand les featurings aux allures commerciales sont souvent mis en avant, on les retrouve ici en fin d’album: Alex Turner des Arctic Monkeys est samplé et posé sur la version grime de « Temptation », et Lily Allen laisse se profiler à l’horizon un prochain single efficace avec « Wanna Be »

Mais chambouler les habitudes semble être un grand jeu chez Dizzee Rascal, comme le prouve le choix de « Sirens » en premier single, ce cousin germain du « 99 Problems » de Jay Z, à l’ambiance type des productions Def Jux laissant peu à peu la place à des guitares qui auraient pu être héritées de Korn. Cage, manageur de DR et co fondateur avec lui du label Dirty Skank, s’est chargé de la production de celui-là, comme d’une bonne moitié de celles de ce « Maths + English », seul ou en collaboration avec Rascal lui-même. À n’en pas douter, c’est aussi lui qui contribue à la grande force de « Pussyole », titre hip hop old school en début d’album reprenant un sample de Lyn Collins, de « Bubbles » et du final « You Can’t Tell Me Nuffin », trois des moments les plus forts de ce disque. Moins marquantes mais à noter, les contributions de Bun B et Pimp C (légendes du gangsta rap) sur « Where’s Da G’s », et de Shy Fx (pilier de la drum n’bass anglaise) sur « Da Feelin »

Dizzee Rascal ratisse donc cette fois beaucoup plus large, sans toutefois tomber dans l’incohérence d’un mariage voix-production inadéquat. Encore, il n’a jamais été aussi accessible, et sonne toujours définitivement anglais tout en piochant dans de multiples influences américaines (Outkast, Young Jeezy, D4L…). Quelques paradoxes qui ne font que contribuer à la richesse de ce troisième album, celui-là même qui propulse Dizzee Rascal vers des sphères beaucoup plus ambitieuses mais sincères. Tiens, en voilà encore un

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