Detroit – ‘Horizons’

Album / Barclay / 18.11.2013
Braises incandescentes sous cendres froides

On vous imagine surpris de croiser Detroit dans nos pages à nous qui n’avons jamais été très friands de rock francophone. Seulement, occulter volontairement le retour à la vie artistique de Bertrand Cantat aurait été une injustice au regard de l’influence incommensurable que le bonhomme a eu sur plusieurs générations de rockeurs français, ceux là qui, à sans cesse tenter de le copier sans jamais l’égaler, auront même fini par faire de lui un cliché. Aussi, ne pas piper mot sur cet album serait rallier le camp de ceux incapables de dissocier l’homme et l’artiste, d’une certaine presse qui ne le loupera pas à trop vouloir désormais faire de lui un musicien lambda après s’être chargée d’en faire un assassin singulier. Certes, l’homme a déçu à jamais, trainera éternellement ses actes impardonnables tels une dette impossible à recouvrir. Mais l’artiste est là, presque intact, saisissant cette seconde chance qui s’offre à tout criminel dans un pays ou la peine capitale n’existe pas.

Il est donc grand temps de ne plus parler que de musique. Particulièrement convaincant, ‘Horizons’ va incontestablement nous y encourager. A la fois sombre, brut et discret, décent par son absence totale de tubes, l’album voit Bertrand Cantat et le multi-instrumentiste Pascal Humbert (16 Horsepower entre autres) faire queue basse le temps d’une douzaine de titres ’seulement’ portés par une intensité à couper au couteau, une sensibilité et une émotion à fleur de peau se faisant sans cesse l’écho d’une poésie qui, quand elle n’est pas chantée en anglais, réconcilie avec la langue française. Que les fans de Noir Désir soient donc rassurés: son chanteur a beau avoir tout fait ces dernières années pour se faire oublier, il n’a en rien perdu le fil de son talent à écrire et composer de vraies chansons (‘Ma Muse’ malgré sa lourdeur rimique), parfois troublantes et vengeresses quand on connait l’histoire (‘Ange de Désolation’, ‘Horizon’).

Pourtant, au delà de quelques gimmicks bien compréhensibles réveillant forcément de vieux souvenirs (le linéaire ‘Terre Brûlante’ bordé d’harmonica rappelant ‘Le Grand Incendie’, l’électrique ‘Le Creux De Ta Main’ sur les traces de ‘Un Jour en France’, ‘Avec Le Temps’ qui fait une nouvelle fois planer l’ombre de Léo Ferré sur sa musique), Cantat semble bel et bien avoir fait le deuil de son groupe. C’est justement là que le duo marque des points, lorsqu’il innove en adoptant des esthétiques inédites chez cette voix écorchée: notamment de fins arrangements electro (‘Ange de Désolation’, ‘Horizon’, ‘Avec Le Temps’) qui renforcent ce sentiment de fragilité déjà perceptible à l’écoute de ‘Droit Dans Le Soleil’, premier single épuré ou guitare acoustique et violoncelle valsent jusqu’à l’étourdissement. Le même qui ne nous lâche pas tout au long de ces ‘Horizons’ aussi beaux que tristement salis par la rancune. Detroit, cet entonnoir au bout de l’autoroute de la gloire.

avoir

‘Ma Muse’, ‘Ange de Désolation’, ‘Droit Dans Le Soleil’

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