Del – « Eleventh Hour »

Eleventh Hour[Album]
11/03/2008
(Def Jux/Pias)

Difficile d’échapper au hip hop quand on est le cousin d’Ice Cube et qu’on débute dans la musique au sein de Da Lench Mob, son backing band. Pourtant, Del, Teren Delvon Jones dans le civil, a vite su imposer sa marque de fabrique en faisant preuve notamment d’un sens de l’humour particulièrement exacerbé, quand le gros gangsta prônait plutôt la violence. Ce qui n’a cependant pas empêché les deux de travailler ensemble par la suite, comme l’illustrait « I Wish My Brother George Was Here », un premier album sorti en 1991 et entièrement produit par Ice Cube, lui aussi touché par la vague funk des années 70.

Un deuxième album en demie teinte suivit (« No Need For Alarm » en 1994), avant que le californien rejoigne Casuals et Souls Of Mischief sur le label Hieroglyphics pour une aventure qui le marquera à jamais au fer rouge (« Future Development » en 1998, et « Both Sides Of The Brain » en 2000). C’est d’ailleurs depuis ce dernier album en date que Del a définitivement acquis une crédibilité bien méritée, en prenant part au projet Deltron 3030 avec Dan The Automator et Kid Koala, mais surtout à Gorillaz (rappelez vous le fameux « Clint Eastwood »). C’est donc fort d’une réputation tardive mais grandissante que le Mc annonçait en 2007 rejoindre l’incontournable et avant gardiste Def Jux pour un nouvel album, le premier en huit ans

« Eleventh Hour », reprenant le titre de son DVD sorti chez Hieroglyphics en 2006, n’a pourtant pas grand-chose en commun avec les artistes qui auront imposé le label sur la carte internationale du hip hop, si ce n’est une image de personnage quelque peu perché, attiré par la science fiction. Majoritairement produit par ses soins, ce nouvel album n’opère donc pas forcément un retour vers ce qu’on connaissait déjà de lui, même si les ambiances West Coast dominent encore nettement, et qu’un total dépaysement ne sera pas de mise. A dominante classique, mais pouvant se révéler aussi sombres (« Raw Sewage ») que funky (« Bubble Pop », « Back In The Chamber »), les versions de ce « Eleventh Hour » ne tombent évidemment pas sous l’influence expérimentale du label, mais reste plutôt fidèles à cet artiste (« Hold Your Hand », « Foot Down »), assez expérimenté pour éviter les pièges des rebondissements de carrière. Seul changement véritable, 2008 laisse apparaître un Del beaucoup plus réaliste, plus direct, plus compréhensible, comme s’il allait chercher dans ce disque une thérapie soignant huit dernières années traumatisantes en raison de relations conflictuelles avec son ex petite amie (qui aura quand même tenté par deux fois de se pendre dans son garage…)

Pourquoi pas, après tout. D’autant plus que cette volonté de se faire comprendre, induisant des versions légères et digestes, semble faciliter la tâche de Del en termes de cohérence de ce nouvel opus, certainement due aussi à ces dernières années d’étude de la musique. En aucun cas, « Eleventh Hour » n’est pourtant un cas d’école, bien ancré dans un moule, l’instinct du bonhomme surpassant encore des bases peut être plus solides désormais. Déjà bien heureux de compter le californien à son catalogue, El-P peut aussi se vanter de l’avoir récupéré libre et serein, mais toujours un brin décalé, un état d’esprit qui transpire sur chacun de ces titres, justifiant amplement cette nouvelle affiliation qui ne manquera pas de se révéler encore plus fructueuse à l’avenir

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