Defeater – ‘Abandoned’

Album / Epitaph / 28.08.2015
Modern-hardcore narratif

Depuis 2008 et la sortie de son premier album ‘Travels’, Defeater est devenu l’un des fers de lance de la scène hardcore internationale, ce qui nous vaut d’ailleurs cette première sortie chez Epitaph, LE mastodonte punk mondial. Néanmoins, ce statut acquis par le groupe de Boston s’avère amplement justifié tant il a su participer à la revitalisation d’un genre qui, malheureusement, ressasse bien souvent les mêmes recettes et les mêmes messages. Chez Defeater, les compos sont puissantes, fouillées et dépassent même parfois les six minutes! Mais surtout le combo développe depuis ‘Travels’ tout un concept narratif et une véritable mythologie, avec comme décor de fond l’Amérique profonde d’après-guerre.

Depuis le début, l’histoire se concentre autour d’une famille ouvrière du New Jersey. Deux frères aux prises avec une famille dysfonctionnelle: une mère héroïnomane et un père alcoolique et violent, tué dès le premier tome par le cadet de la fratrie. Sur fond de modern-hardcore mêlant tradition East coast, guitares ‘mélo’ et intensité ‘émo’, chaque disque raconte un bout de cette grande fresque à travers le regard d’un personnage. Pour ce cinquième volet (après trois albums et un EP), l’auteur/chanteur Derek Archambault fait un pas de côté en explorant le personnage du prêtre de la paroisse, vétéran de la seconde guerre mondiale, qui abandonnera finalement la soutane après les atrocités vécues en Europe. Les thèmes de la foi, de la culpabilité et de la rédemption étaient déjà très présents chez Defeater… On atteint là un paroxysme, à la limite de l’indigestion, comme le prouvent les titres de nombreux morceaux (‘Contrition’, ‘Divination’, ‘Remorse’…). Voilà pour le ‘concept’.

Musicalement, en revanche, rien de très neuf sous le soleil: Defeater continue de faire du Defeater, à savoir cette parfaite synthèse de différentes écoles, exécutée avec maestria et appuyée par un chant scandé/crié de A à Z. Pour les amateurs du genre, cela donne d’excellents morceaux, à l’image de ‘Unanswered’ ou du single ‘Spared in Hell’. Mais arrivé à la moitié de l’album, l’ennui pointe tout de même et l’on se demande si la formule ne commence pas à s’essouffler un peu… Pire: sur ‘Borrowed & Blue’, un refrain FM de très mauvais goût manque de nous achever. L’idée de transformer cette chronique en oraison funèbre d’un groupe jadis glorieux commence alors à nous titiller. Mais c’était sans compter sur cette dernière ligne droite lumineuse, intense, complexe, tirant sur un post-hardcore tendance émo, le final et sublime ‘Vice & Regret’ allant même jusqu’à nous rappeler la scène US des années 90s façon Grade ou Four Hundred Years. Bref, quatre morceaux de haute volée qui s’enchaînent pour conclure en beauté ce disque, et grâce auxquels Defeater obtient finalement notre grâce. Au moins jusqu’à la prochaine confession.

‘Spared in Hell’, ‘Remorse’, ‘Vice & Regret’

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