Deerhoof – ‘The Magic’

Album / Clapping Music – Kythibong / 24.06.2016
Art rock

Chaque album de Deerhoof est une surprise potentielle. Intitulé The Magic, le nouveau est présenté comme un disque sous influence des musiques qui ont bercées l’adolescence de ces quatre musiciens. Il comporte 15 titres convoquant punk, pop, glam, doo-wop, hip hop, R&B, dont trois composés et enregistrés pour la série Vinyl de la chaîne HBO, mais finalement restés inutilisés. ‘The Magic rappelle ce que nous aimions quand nous étions gamins, quand la musique était magique, avant qu’on goûte à l’industrie musicale, avant qu’il y ait des règles‘. Soit un maelstrom d’innombrables influences passées à travers le prisme et le savoir-faire déglingo-ultra-maîtrisé de Deerhoof, le tout enregistré en une semaine dans le désert du Nouveau Mexique.

Dès le premier morceau, électrisant par ses guitares virevoltantes et entremêlées, ses ruptures d’ambiances et de rythmes, on sent toute la richesse des compositions et le plaisir du jeu. S’ensuit un enchaînement de tubes énergiques passant du punk-rock (‘That Ain’t Life For Me’) à la synth-pop (‘Criminals of the Dream’ aux mélodies faussement naïves), de la pop eighties (‘Acceptance Speech’) au jazz-rock estampillé Miles Davis période dope (‘Model Behaviour’ et sa batterie étourdissante), ou même du glam (‘Plastic Thrills’) au hair metal (‘Dispossessor’). L’ensemble reste néanmoins résolument pop et immédiat, dans ses mélodies comme dans la durée des morceaux dépassant rarement les trois minutes.

Quelques interludes comme l’étrange ‘I Don’t Want to Set the World on Fire’, vignette music-hall façon Residents, ou ‘Pastrache Come Back’ sont des respirations salvatrices dans ce flot ininterrompu d’idées savamment organisées, aussi absurdes que géniales.

Évitant la nostalgie ou l’ironie, le groupe offre des morceaux toujours sincères, qui sonnent comme des classiques. Loin de l’exercice de style ou du copié-collé, Deerhoof reste parfaitement reconnaissable grâce à l’omniprésence des guitares noise-rock et des mélodies emmiellées et enfantines chantées – en anglais ou japonais – par Satomi Matsuzaki. Le groove syncopé de Greg Saunier et ses mille-et-un breaks inattendus, autre marque de fabrique du groupe, impressionne toujours autant par sa maîtrise et sa liberté.

Comme une synthèse parfaite des multiples facettes du groupe, ‘The Magic’, au-delà de marquer un retour libre et décomplexé aux sources des plaisirs musicaux, restera comme une cour de récréation aux distractions moins cérébrales que sur les deux précédents albums, ‘La Isla Bonita’ en 2014 et ‘Breakup Songs’ en 2012.

‘The Devil And His Anarchic Surrealist Retinue’, ‘Life is Suffering’

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