Deerhoof – ‘La Isla Bonita’

Album / Clapping Music / 10.11.2014
Art rock

Deerhoof s’est posé en tel défenseur de la liberté musicale qu’il n’a pas toujours été simple de le suivre, ni de digérer un registre qui ne se refuse jamais rien. Encensé par les plus grands, puits d’inspiration pour la génération qu’il a vu naitre, le quatuor a tout simplement décidé de ne rien changer alors que sort son douzième album. Pourtant, ‘La Isla Bonita’ a – comme les précédents – son petit quelque chose à lui. Si l’approche est toujours aussi spontanée et foutraque dans la composition comme dans la production, le groupe s’est cette fois laissé guider par sa ferme volonté de se contrôler, en s’en tenant à des arrangements minimaux, au groove (‘Last Fad’, ‘Big House Waltz’, l’hypnotique ‘Oh Bummer’), à des riffs de guitare défrisants (celui de ‘Doom qui prend des airs calypso malgré sa frénésie), tout en plaçant sans cesse les incantations pop de Satomi Matzusaki sur un piédestal. Les micros posés à l’arrache pour enregistrer ce nouvel opus dans des conditions live, Deerhoof s’est ensuite laissé aller à ses envies, accouchant ainsi de compositions claires-obscures, ou tous les coups sont permis, surtout ceux de génie, ici aussi récurrents que variés et originaux.

Parce que ‘La Isla Bonita’ peut clairement compter sur quelques tubes maison pour le défendre, qu’ils s’inscrivent dans un registre familier (le dansant ‘Paradise Girls’ dans une veine Tune Yards), qu’ils relèvent étonnamment du ‘conventionnel’ (‘Exit Only’ à l’élan punk inspiré des Ramones), qu’ils fassent se télescoper les genres (‘Ty Bubbles’ voit Morricone et l’afrobeat se faire fasse), ou qu’ils foncent à l’opposé complète. L’occasion de s’attarder sur ‘Mirror Monster’ qui restera incontestablement parmi les plus belles trouvailles du combo tant il met le doigt sur une beauté mélancolique d’une grande pureté. Mais toujours, ultime reflet de la force créatrice de Deerhoof comme de son oeuvre en tout point passionnante, la voix légère et presque insouciante de Satomi glisse, comme indifférente aux convulsions électriques de John Dieterich et Ed Rodriguez, et aux changements de rythme imprévisibles de Greg Saunier. De quoi ne pas trop déstabiliser les fans de longue date qui pourraient ressentir comme un léger dépaysement aux premiers accords de ‘La Isla Bonita’, un album encore avant gardiste ou il fait bon vivre, et ou la routine n’a toujours pas sa place.

‘Mirror Monster’, ‘Tiny Bubbles’, ‘Exit Only’

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