Death – ‘N.E.W.’

Album / Drag City / 20.04.2015
Proto punk

En 2009, alors qu’il sortait ‘For The Whole World To See‘, Drag City mettait la main sur une pépite qui, à défaut de lui faire gagner des millions, lui offrait la possibilité de raconter une des plus belles histoires de la musique moderne. Et pour cause, grâce au label et alors que lui-même se croyait définitivement oublié, Death se voyait soudainement offrir une résurrection inespérée après qu’un de ses enregistrements datant des années 70 se retrouve au tracklisting d’une compilation qui finit par faire tâche d’huile. C’est alors qu’on découvrit que, avant d’être lâché par sa major de l’époque, le trio eut le temps d’immortaliser un album mort-né qui, trente ans plus tard, allait finalement pousser les historiens de la musique à revoir leur copie, les experts en punk rock à reconsidérer leurs pionniers: avec son mélange de Motown, de Stooges, de Hendrix et de MC5, Death était ni plus ni moins qu’un groupe précurseur du genre.

Dès lors, les ‘papis’ mettaient le pied dans un engrenage aussi heureux que savonneux, celui d’une industrie de la musique qui ne peut décidément pas s’empêcher de tirer des bénéfices d’une belle histoire, plutôt que de tout faire pour en conserver le charme. Deux ans plus tard, Death mettait donc un premier coup de canif à son image en sortant ‘Spiritual, Mental Physical’, compilation d’archives à mille lieux de pouvoir rivaliser avec le précédent album, puis récidivait l’an dernier avec ‘III’, autres ramassis de démos dont on se serait bien passé. Alors autant dire que voir le groupe retourner pour la première fois en studio depuis trente ans nous a laissé une mine particulièrement sceptique.

C’était sans savoir qu’une partie des titres de ‘N.E.W.’ a été composé alors que David Hackney, un des trois frères originels aujourd’hui décédé, était encore impliqué dans l’exercice de composition: une façon convaincante de se sauver du pathétisme, et de conserver une cohérence discographique essentielle aux oreilles de ceux qui se sont laissés attendrir par cette incroyable destinée. C’est donc toujours de protopunk dont il s’agit ici, dix morceaux d’une simplicité toute volontaire, tirés par une section rythmique et une voix délibérément privilégiées dans le mix, laissant la guitare du petit nouveau Bobbie Duncan ne percer franchement qu’à l’occasion de quelques soli (‘Look At Your Life’), ou de passages acoustiques (‘Story Of The World’).

Certes, il y a bien encore ici quelques bons titres à se couler dans l’oreille (‘Relief’, ‘Resurrection’), mais il manque assurément à ce Death nouveau tout le contexte du premier album qui, à sa sortie, encourageait l’auditeur à ne pas s’arrêter à ses quelques imperfections. Cette fois, en entrant sérieusement dans le game tout en ne bénéficiant désormais plus de ‘la chance du pauvre’, le trio signe un nouvel album qui est finalement à la musique ce que l’adaptation d’un roman est au cinéma: une pièce loin d’être essentielle à son histoire.

‘Relief’, ‘Resurrection’

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