De La Soul – ‘And The Anonymous Nobody’

Album / AOI / 26.08.2016
Hip hop

Alors qu’un nouvel album d’A Tribe Called Quest semble se préciser pour les mois à venir, c’est De La Soul qui dégaine en premier cette année avec ‘And The Anonymous Nobody…’, successeur de ‘The Grind Date’ paru il y a douze ans déjà. Pas toujours couronnée de succès, l’histoire est là et continue de s’écrire : le trio de Long Island brille encore dans le cœur de ses fans, et la reconnaissance des ces derniers s’est fortement traduite par une participation massive dans la campagne de crowfunding lancée par le groupe afin de produire son nouvel album (600.000$ récoltés pour environ 100.000$ demandés). Plus question d’hésiter donc : il était temps de relancer la machine.

C’est bien évidemment sur le plan musical que le trio reste attendu, lui qui a su se démarquer avec l’indétrônable ‘3 Feet High and Rising’ dans les 80’s, en prenant le contre-coup du gangsta rap, et en prônant ‘paix amour et la tolérance’ dans ses lyrics, à coups d’influences jazz/funk et de chemises hawaïennes. Pourtant, ‘And the Anonymous Nobody…’ partage : si De La Soul a marqué ses débuts par l’art du sampling (et la multitude de procès allant de pair), c’est dorénavant sur des compositions souvent originales, enregistrées pour la plupart avec de vrais musiciens live, que le groupe opère.

Dans l’ensemble, il faut avouer que la production est plutôt soignée, chaleureuse, et représentative des mélomanes que sont Pos, Dave et Maseo. Mais l’impressionnante liste de featurings qui les accompagnent – Snoop Dogg, David Byrne, 2 Chainz, Little Dragon, Usher, Damon Albarn, pour ne citer qu’eux – n’aide en rien la cohérence du disque, bien au contraire. Certaines rencontres sont faiblardes (‘Property of Spitkicker.com’ feat. Roc Marciano, ‘Whoodeeni’ feat. 2 Chainz) quand d’autres qui se voulaient innovantes s’avèrent carrément ratées (‘Snoopies’ feat. David Byrne). Parmi les instrumentations, certaines sonnent légèrement datées (‘Memory of… (US)’ feat. Estelle & Pete Rock) et, paradoxalement, quand quelques unes manquent cruellement d’ambition (‘Greyhounds’ aux côtés d’Usher), d’autres virent à la démonstration façon ‘culturisme’ (la mauvaise association avec Justin Hawkins sur ‘Lord Intended’).

Néanmoins quelques titres parviennent à redorer l’image de cet album. Parmi eux, on notera essentiellement tous ceux où De La Soul la joue en solo (‘Royalty Capes’, ‘CBGBS’, ‘Sexy Bitch’, ‘Trainwreck’, ‘Nosed Up’), le planant ‘Drawn’ en featuring avec Little Dragon, ainsi que ‘Pain’, premier single réussi aux cotés de Snoop Dogg. L’album se conclue sur le touchant ‘Here In After’ en featuring avec Damon Albarn teasant peut-être ici les sonorités du prochain Gorillaz (auquel participe le groupe), ainsi que le sublime ‘Exodus’ qui, par sa mélancolie et son intemporalité, touchera des premiers fans de De La Soul, jusqu’aux plus récents.

S’il avait été allégé de quelques titres incohérents voire très encombrants – il compte quand même 17 pistes au total, comme s’il avait fallu que les fans en ait pour leur argent – ce nouvel album du trio américain aurait pu signer son grand retour musical. Néanmoins, même si les membres de De La Soul ne marqueront pas les esprits cette année, ils démontrent au travers de cet album et de son mode de réalisation ô combien la relation avec leur public est importante et saine, ô combien leur intégrité et leur démarche artistique sont toujours d’actualité. En partageant leurs doutes et leurs espoirs, ces trois amis – qui ont grandi ensemble et fêteront l’an prochain leurs 30 ans de carrière – offrent probablement la plus belle chose à leurs fans : la preuve d’une certaine humilité conservée.

‘Pain’, ‘CBGBS’, ‘Sexy Bitch’, ‘Trainwreck’, ‘Drawn’, ‘Nosed Up’, ‘Here In After’, ‘Exodus’

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